Grandes manoeuvres dans la banque américaine
par Jack Reerink , version française Wilfrid Exbrayat 18/09/2008
NEW YORK (Reuters) - Les banques américaines sont prises d'une frénésie d'alliance, crise financière aigue oblige, certaines y voyant leur ultime planche de salut mercredi où Wall Street a terminé à son niveau le plus bas en trois ans.
Morgan Stanley discute d'une fusion avec la puissante banque régionale Wachovia, quatrième banque des Etats-Unis, selon le New York Times. Le Wall Street Journal écrit lui que Morgan Stanley, deuxième banque d'investissement américaine, étudie d'autres options car d'autres banques sont aussi intéressées.
"Dans ce marché, tout est possible. On dirait que le marché veut voir disparaître le modèle de la banque d'investissement", dit Danielle Schembri, analyste de BNP Paribas à New York.
Washington Mutual, la première caisse d'épargne des Etats-Unis, s'est mise en vente, ont dit des sources, confirmant une information du New York Times. Les candidats intéressés seraient Citigroup, JPMorgan Chase, Wells Fargo et HSBC.
En Grande-Bretagne, c'est Lloyds TSB qui doit racheter HBOS, le premier établissement de prêt immobilier britannique, pour 15 milliards d'euros.
Cette soudaine avalanche d'alliances mûries ou projetées fait suite au plan de sauvetage de 85 milliards de dollars de l'assureur American International Group piloté par la Réserve fédérale et révélé mardi dernier. Initiative qui n'aura pas vraiment calmé les nerfs des investisseurs.
"Arrêtez les frais!", clamait une note d'études de la banque suisse UBS, face à l'apparente chute libre des valeurs bancaires en Bourse.
Entre alliances nouvelles, sauvetages en toute hâte et dépôts de bilan - celui de Lehman Brothers Holdings en l'occurrence - c'est un véritable séisme qui touche le système financier international avec pour épicentre les Etats-Unis.
"A qui le tour? Voilà ce dont on a peur", résume John O'Brien (MKM Partners).
Morgan Stanley et Goldman Sachs ont perdu jusqu'à 43 et 27% respectivement même si toutes deux ont publié des résultats trimestriels meilleurs que prévu. C'est pourquoi il se dit à Wall Street que les deux dernières grandes banques d'investissement encore debout devront sans doute s'adosser à une grande banque commerciale pour survivre.
"Je suppose que Goldman Sachs et Morgan Stanley ont ouvert leur carnet de bal. Elles ne veulent pas être les victimes de la semaine", dit William Larkin (Cabot Money Management, Salem).
Jusqu'à la Maison Blanche qui s'est dite "inquiète pour les autres entreprises". Les candidats à la présidentielle n'ont pas manqué le coche: le républicain John McCain a vilipendé la "culture de casino" de Wall Street, tandis que le démocrate Barack Obama s'est fait l'apôtre la protection des petits investisseurs.
Le coût de protection de la dette de Morgan Stanley et de Goldman Sachs est monté en flèche, ce qui signifie que les investisseurs craignent tout bonnement qu'elle n'ait pas plus de valeur que de la dette classée "junk".
"Le tarissement du crédit s'intensifie", commente Peter Boockvar (Miller Tabak). "L'action sur Morgan Stanley alors que les chiffres ont été meilleurs que prévu est déconcertante".
Lucas van Praag, porte-parole de Goldman, a de fait fustigé la "peur irrationnelle et qui n'est pas fondée sur le moindre fondamental", jugée responsable de la chute du titre.
Le directeur de Morgan Stanley John Mack, qui aurait été joint par téléphone par Wachovia mercredi pour ouvrir des discussions, y voit la responsabilité des "short sellers", des investisseurs qui parient sur la baisse d'un titre et le vendent avant même d'avoir les titres en leur possession pour régler la transaction à terme. "Nous sommes au coeur d'un marché dominé par la peur et la rumeur et les 'short sellers' font baisser notre action", dit-il dans un mémo interne.
La Securities and Exchange Commission (SEC) a de fait pris des dispositions pour réprimer les abus de la vente à découvert mais, de l'avis des professionnels, elle s'y prend un peu tard.
Sur le marché interbancaire, la confiance est au plus bas, en témoigne un coût d'emprunt en dollar à 24 heures qui a dépassé les 10%.
L'alliance Lloyds TSB/HBOS montre aussi que les autorités financières sont toutes disposées à renoncer provisoirement au credo de l'autorégulation des marchés et de la libre concurrence quand la situation est exceptionnellement grave.
HBOS et Lloyds, à qui l'on avait interdit précédemment de racheter un établissement de crédit immobilier plus petit, Abbey National, n'ont pu aller de l'avant qu'avec l'assentiment des autorités de tutelle.
Londres avait déjà rompu avec l'orthodoxie financière en février en nationalisant, même provisoirement, le prêteur immobilier Northern Rock, la première nationalisation intervenue outre-Manche depuis les années 70.
Les autorités américaines pour leur part ont déjà dépensé 900 milliards de dollars pour étayer le système financier et le marché immobilier. Elles pourraient bien en récupérer la plus grande partie, pour autant que les prix des actifs ne chutent pas davantage.
Elles avaient déjà mis tout leur poids dans le renflouement des géants du crédit immobilier Freddie Mac et Fannie Mae et avant cela dans le rachat hâtif de la banque d'investissement Bear Stearns par JPMorgan Chase.
Le paysage bancaire américain compte encore deux noms de moins à présent: Lehman, en dépôt de bilan, et Merrill Lynch, racheté par Bank of America.
"Le directeur général de Merrill John Thain a bien monté son coup... en épargnant aux actionnaires d'être engloutis par ce maelstrom", dit toutefois Jeff Gundlach (Trust Company of the West, Los Angeles).
Faillite record et sauvetage de la première caisse d'épargne américaine
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NEW YORK — C'est la plus grande faillite d'une banque de dépôt américaine. Le gouvernement a organisé jeudi le rachat des activités de Washington Mutual, première caisse d'épargne américaine, par son concurrent, la banque américaine JPMorgan Chase, pour 1,9 milliard de dollars (1,29 milliard d'euros).
C'est la deuxième fois en six mois que JPMorgan Chase reprend le contrôle d'une institution financière majeure, paralysée par de mauvaises participations sur le marché hypothécaire.JPMorgan Chase a déclaré qu'elle allait vendre pour huit milliards de dollars d'actions pour augmenter son capital.
"Pour tous les clients et dépositaires de Washington Mutual, il s'agit tout simplement de la combinaison de deux banques" a déclaré Sheila Bair, président du Federal Deposit Insurance Corp. (FDIC), dans un communiqué. "Pour les clients des banques, la transition se déroulera sans heurts. Il n'y aura pas d'interruption dans les services et les clients des banques d'affaires doivent s'attendre à venir comme d'habitude vendredi matin."
L'acquisition permettra à JPMorgan Chase de disposer de 5.400 succursales dans 23 Etats. La banque prévoit de fermer ensuite près de 10% de ses deux filiales, la banque n'ayant pas encore décidé lesquelles.
En mars, JPMorgan Chase avait acquis la banque d'investissement Bear Stearns, lors d'un accord négocié par le gouvernement, pour 2,3 milliards de dollars (1,57 milliard d'euros).
La fermeture de la 4ème banque américaine Washington Mutual
© France 3
Endettée par ses activités hypothécaires, Washington Mutual a été fermée jeudi soir par les autorités américaines
Celles-ci ont organisé le transfert immédiat de ses seules activités bancaires à son concurrent JPMorgan Chase pour 1,9 milliard de dollars.
Cette fermeture représente, de très loin, la plus grosse faillite d'une banque de dépôts dans l'histoire des Etats-Unis.
La reprise par JPMorgan des actifs exclut le capital social et l'intégralité de la dette supportée par la holding. Actionnaires et créanciers du groupe devraient donc perdre la totalité de leur mise.
Avant l'annonce des autorités américaines, la banque Washington Mutual valait encore 2,9 milliards de dollars en Bourse, en dépit de la chute de son cours de 90% en un an. La holding supportait pour sa part 14,4 milliards de dollars de dette, selon une estimation récente de l'agence de notation Standard & Poor's.
Pour Obama, cette fermeture est le dernier signe d'une "situation dangereuse"
"La vente, à prix bradé, par le gouvernement, de Washington Mutual est le dernier signe de la situation périlleuse de notre système financier et de notre économie", a estimé Barack Obama dans un communiqué. Le candidat démocrate à la présidence a souligné que "les échecs de nos institutions financières menacent la stabilité de l'économie, les emplois et les revenus des familles américaines".
Le gouvernement assure que l'opération ne coûtera rien aux contribuables
La FDIC (agence gouvernementale assurant les dépôts bancaires),dont les finances ont été mises à mal par les douze faillites de banques enregistrées depuis le début de l'annnée aux Etats-Unis, a assuré que la solution mise en oeuvre ne coûterait pas un sou au contribuable.
La banque victime de sa spéculation immobilière
"WaMu", basée à Seattle (nord-ouest des Etats-Unis), est la sixième banque américaine par les actifs, et la quatrième par le montant des dépôts. A l'origine simple caisse d'épargne, l'établissement avait connu une croissance accélérée pendant la "bulle" immobilière, en développant massivement ses activités hypothécaires.
Mais le retournement du marché du logement avait fait de Washington Mutual l'un des établissements américains les plus fragiles. Depuis des mois, les marchés spéculaient sur sa possible défaillance, alors même que ses ratios financiers ont toujours été jugés satisfaisants par le régulateur.
Après avoir longtemps résisté, Washington Mutual avait accepté la semaine dernière de rechercher un repreneur, mais aucunes des banques initialement intéressées -la presse a mentionné JPMorgan, mais aussi Citigroup, Wells Fargo et l'espagnole Santander- n'a déposé d'offre sur l'ensemble de la firme.
Excellente opération pour JP Morgan, qui devient la plus grosse banque américaine de montant de dépôts
Dans un communiqué diffusé séparément, JPMorgan a souligné que l'opération allait faire d'elle la plus grosse banque américaine par le montant des dépôts: les 188 milliards de dollars de dépôts repris à "WaMu" vont porter son total à plus de 900 milliards de dollars, a indiqué la banque newyorkaise.
Un apport particulièrement précieux dans des temps où les banques connaissent d'importantes difficultés pour se refinancer. JPMorgan, qui est surtout présent dans le nord-est des Etats-Unis, va pouvoir aussi accroître sa présence sur la façade Pacifique, en portant à 5.400 le nombre de ses agences.
Selon JPMorgan, l'absorption des activités bancaires de Washington Mutual va immédiatement accroître son bénéfice net par action. Elle va donner un coup de pouce supérieure à 0,50 dollar par action aux résultats 2009, pronostique-t-elle.
WaMu ayant été poussé à la faillite par l'importance de son encours immobiliers de douteuse qualité, JPMorgan a décidé de passer par pertes et profits 31 milliards de dollars de créances détenues par sa nouvelle filiale, ce qui devrait permettre, selon elle, de nettoyer complètement ses comptes.
L'ampleur de cet effort nécessitera toutefois que JPMorgan lève de nouveaux fonds propres pour maintenir ses ratios de solvabilité. La banque a un peu plus tard précisé qu'elle allait augmenter son capital de 8 milliards de dollars.
Les faillites bancaires s'accumulent
Alors qu'il n'avait connu aucune faillite en 2005 et 2006, puis seulement trois en 2007, le système bancaire américain a déjà vu treize banques de dépôts placées sous la protection du régulateur (FDIC) depuis le début de l'année. Voici la liste des établissements touchés depuis le début de l'année, classées par la taille de leurs actifs.
Cette liste n'inclut pas Lehman Brothers, une banque d'affaires ne faisant pas appel à l'épargne publique, qui a dû déposer son bilan le 15 septembre:
1) Washington Mutual
Siège: Seattle (Etat de Washington, nord-ouest)
Actifs: 309 milliards de dollars
Date: 25/09/08
Actifs repris par: JPMorgan Chase
2) IndyMac
Siège: Pasadena (Californie, ouest)
Actifs: 32 milliards de dollars
Date: 11/07/08
3) First National of Nevada
Siège: Reno (Nevada, sud-ouest)
Actifs: 3,4 milliards de dollars
Date: 25/07/08
Actifs repris par: Mutual of Omaha Bank
4) ANB Financial
Siège: Bentonville (Arkansas, centre-sud)
Actifs: 2,1 milliards de dollars
Date: 09/05/08
Actifs repris par: Pulaski Bank and Trust Company
5) Silver State Bank
Siège: Henderson (Nevada, sud-ouest)
Actifs: 2,0 milliards de dollars
Date: 5/09/08
Actifs repris par: Nevada State Bank
6) Integrity Bank
Siège: Alpharetta (Géorgie, sud)
Actifs: 1,1 milliard de dollars
Date: 29/08/08
Actifs repris par: Regions Bank
7) Columbian Bank and Trust
Siège: Topeka (Kansas, centre)
Actifs: 752 millions de dollars
Date: 22/08/08
Actifs repris par: Citizens Bank and Trust
8) First Priority Bank
Siège: Bradenton (Floride, sud-est)
Actifs: 259 millions de dollars
Date: 01/08/08
Actifs repris par: SunTrust Bank
9) First Heritage Bank
Siège: Newport Beach (Californie, ouest)
Actifs: 254 millions de dollars
Date: 25/07/08
Actifs repris par: Mutual of Omaha Bank
10) Ameribank
Siège: Northfork (Virginie occidentale, nord-est)
Actifs: 115 millions de dollars
Date: 19/09/09
Actifs repris par Pioneer Community Bank et The Citizens Savings Bank
11) Douglass National Bank
Siège: Kansas City (Missouri, centre)
Actifs: 58,5 millions de dollars
Date: 25/01/08
Actifs repris par: Liberty Bank and Trust
12) First Integrity Bank
Siège: Staples (Minnesota, nord)
Actifs: 54,7 millions de dollars
Date: 30/05/08
Actifs repris par: First International Bank and Trust.
13) Hume Bank
Siège: Hume (Missouri, centre)
Actifs: 18,7 millions de dollars
Date: 07/03/08
Actifs repris par: Security Bank