Les nombreuses victimes de l'affaire Clearstream [ 15/05/06 ]
FRANÇOISE FRESSOZ Les Echos
Nul ne sait aujourd'hui sur quoi débouchera l'affaire Clearstream. La justice est à l'oeuvre. Laissons-la travailler. Mais le nombre des victimes a, au fil des jours, tendance à enfler : le président de la République et le Premier ministre sont discrédités, soupçonnés d'avoir voulu salir la réputation de Nicolas Sarkozy en exploitant une fausse affaire de comptes bancaires
Le pouvoir vacille mais il n'est pas le seul. Voilà que la justice est fustigée, accusée de n'avoir pas respecté toutes les règles de procédure : le juge Van Ruymbeke, l'une des vedettes du pôle financier, est obligé d'expliquer pourquoi il n'a pas consigné dans un procès-verbal l'entretien qu'il a eu, fin avril 2004, avec l'un des acteurs de cette ténébreuse affaire. Sa promotion est suspendue. L'émoi est vif dans le milieu. La presse n'est pas épargnée non plus. Une instruction est ouverte pour violation du secret de l'instruction : le pouvoir lui reproche de publier tout ce qu'une main invisible lui communique sans prendre la peine de vérifier et de hiérarchiser. Procès facile, procès classique, mais qui recèle quand même une part de vérité : dans ce « reality show » politique où tout est déballé , la cour et l'arrière-cour, les commentaires « on » et les commentaires « off », on peine à discerner le vrai du faux, les faits et le fantasme. La « transparence », la « vérité », le nettoyage des écuries d'Augias, tous ces objectifs que Nicolas Sarkozy met en avant depuis qu'il a saisi la justice en janvier dernier, s'accompagnent d'un revers terrifiant : tant que la vérité n'aura pas été clairement établie, l'affaire Clearstream éclaboussera tout, polluera tout. Sur le fond, les Français n'y comprennent pas grand-chose. Sur la forme, il ne leur a en revanche pas échappé que la droite s'étripait, que l'atmosphère était irrespirable au sein du gouvernement, que le pays n'était plus gouverné sereinement, et que leurs problèmes à eux passaient au second plan.
Lorsqu'il est allé voir Jacques Chirac, le 5 mai, avec sa double casquette de ministre de l'Intérieur et de président de l'UMP, Nicolas Sarkozy tablait visiblement sur une issue rapide. Il pensait que Dominique de Villepin n'avait plus les moyens politiques de se maintenir à Matignon, que Jacques Chirac, sous le feu nourri des révélations, changerait de Premier ministre. Non seulement Jacques Chirac n'a pas changé mais Dominique de Villepin a contre-attaqué : « Complot ! », a lancé le Premier ministre, bien décidé à rester puisque que la justice n'avait rien prouvé. Et voilà l'arroseur arrosé. Ce n'est plus le Premier ministre qui, samedi, se posait la question de savoir s'il devait rester ou partir du gouvernement, mais Nicolas Sarkozy qui, entre deux maux, a annoncé à ses troupes ce qui constituait à ses yeux la moins mauvaise solution : rester. « Je n'ai nullement l'intention de créer les conditions d'une crise politique qui ne profiterait qu'à la gauche. Il y avait plus de risques à partir qu'à rester », a-t-il évalué. Et voilà comment l'affaire Clearstream a fait une victime de plus : elle a pris dans ses filets l'homme de la rupture qui, un temps encore, devra cohabiter avec celui qu'il soupçonne d'avoir voulu sa perte. Il y a aujourd'hui trois hommes dans un même bateau : Chirac, Villepin, et Sarkozy. Sarkozy, qui dénonce haut et fort à la tribune « les officines, les comploteurs, les falsificateurs », mais jure désormais en privé que disant cela il ne pense pas à Dominique de Villepin. Et lorsqu'on lui demande si deux ennemis peuvent continuer à gouverner côte à côte, il récuse ce terme d'ennemi. A quelle duplicité, à quelles contorsions conduit la politique ! Evidemment, le président de l'UMP continue de tabler devant ses troupes écoeurées sur le fait que tout cela ne durera pas. Que la vérité finira par éclater, qu'un fait nouveau bouleversera la donne et lui rendra sa liberté. Mais, au fond, qu'en sait-il ? Le temps judiciaire ne se confond pas avec le temps politique. Et à cette lente agonie du pouvoir, il participe aujourd'hui de plain-pied, victime de sa double casquette de candidat à l'élection présidentielle et de président du parti majoritaire.
L'élection présidentielle, disait de Gaulle, c'est la rencontre entre un homme et un peuple. « Je crois en la France », lance depuis quelques jours Nicolas Sarkozy en se positionnant comme l'homme providentiel, celui qui va chercher « l'élan populaire » pour transcender les clivages et conduire le pays au « dépassement ». Discours gaullien, discours entraînant, mais qui bute sur une réalité : la présidentielle est devenue l'affaire des partis. Nicolas Sarkozy n'a pu assurer sa candidature en 2007 qu'en s'emparant en 2004 du parti du président. Cela lui donne un avantage inestimable : des moyens, des troupes et la possibilité de façonner à sa guise l'UMP, dont la taille grandit mois après mois grâce au produit d'appel que constitue son nom. Mais cela lui donne aussi une obligation : maintenir jusqu'au bout l'unité de la famille, éviter les guerres intestines, ne pas apparaître comme l'agresseur. Et c'est ainsi que l'homme de la rupture est interdit de rompre. Il se doit d'assumer sa part de l'héritage, de ménager le président avec lequel on ne comprend plus très bien, du coup, quel type de rapport il entretient : se pose-t-il vraiment en procureur ou quête-t-il encore un adoubement, après tant d'années d'affrontement ? « Aux côtés du président de la République, nous avons pris nos responsabilités », a-t-il expliqué samedi aux cadres de l'UMP en évoquant le rôle qu'il a joué dans la sortie de crise du CPE. Un rôle qui, soit dit en passant, a consisté à organiser le repli en rase campagne, car « quand une politique n'est pas comprise des Français, il faut reculer. Ce n'est pas une faiblesse c'est du courage ». On croirait entendre du Chirac !
L'idée d'un rapprochement s'est encore accentuée lorsque certains de ses proches ont, pendant quelques jours, tenté d'accréditer la thèse d'un Nicolas Sarkozy s'installant à Matignon pour sauver la fin de règne chiraquien. Se pourrait-il, en fin de compte, que ces deux-là s'entendent, alors que tous ceux qui ont connu Jacques Chirac jeune se disent frappés de retrouver dans Nicolas Sarkozy bien des traits de son caractère : la vitalité, le goût de l'action, le sens de la tactique et la plasticité de la doctrine. « Il s'agit pour nous de prendre l'histoire de France là où elle est », a déclaré samedi le président de l'UMP. « Il s'agit pour nous de construire une France nouvelle sur des fondations multiséculaires, non de faire comme si notre vieux pays était une table rase. » En disant cela, Nicolas Sarkozy ne pensait pas à ses relations avec le vieux président. Mais le propos pouvait s'y appliquer pleinement. Pour rompre totalement, il faut être dans l'opposition. Quand on appartient à la majorité, on ne peut finalement promettre que le « changement dans la continuité ». C'est ce qu'avait fait Pompidou après de Gaulle et de façon plus affirmée encore, Giscard après Pompidou. Et c'est ce qu'est contraint de faire aujourd'hui Sarkozy après Chirac. Finalement, il y a une certaine continuité dans l'histoire de la droite.
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George W. Bush un peu trop à l'écoute des Américains
par Laurent MAURIAC
QUOTIDIEN : lundi 15 mai 2006
La compagnie de téléphone Qwest est en train de bénéficier à peu de frais d'une campagne de promotion sans précédent. Faux logos, slogans et même un site de remerciements, fleurissent sur le Web pour signaler que, contrairement à ces concurrents, elle est «NSA free», libre de toute interférence avec l'agence de sécurité américaine. En effet, contrairement à AT&T, Verizon et BellSouth, l'opérateur basé à Denver (Colorado) a refusé de livrer à la National Security Agency les relevés de communications de ses clients. Joseph Nacchio, à l'époque PDG de l'entreprise, avait pris cette décision en constatant «un refus de la part des autorités d'utiliser des procédures légales», a déclaré vendredi son avocat, qui assure sa défense dans une affaire de vente illégale d'actions de la compagnie.
Stockage. Au passage, sa déclaration confirme les révélations, jeudi, du quotidien USA Today, mettant à jour un deuxième volet au contrôle des communications téléphoniques par le gouvernement américain (Libération du 12/5/06). En décembre, le New York Times avait révélé un programme d'écoute des communications avec l'étranger. Cette fois, il s'agit du stockage des relevés de millions de communications passées aux Etats-Unis. Sont consignés les numéros utilisés, la date, l'heure et la durée de l'appel.
Bush a aussitôt tenté de désamorcer l'affaire lors d'une allocution télévisée, en précisant qu'il ne s'agissait pas d'écoutes, que l'unique objectif était de lutter contre Al-Qaeda et que rien d'illégal n'avait été commis. «Jusqu'ici, nous avons réussi à éviter une nouvelle attaque sur notre sol», a-t-il répété samedi à la radio. Selon les experts en sécurité, les relevés sont utilisés pour déterminer comment un numéro de téléphone suspect a été joint depuis les Etats-Unis. Beaucoup, y compris au sein de la NSA, doutent de l'efficacité d'un tel procédé et se demandent s'il mérite de se voir accusé de violation de la vie privée.
Ces révélations n'arrivent pas au meilleur moment pour Bush. Michael Hayden, qu'il vient de nommer à la tête de la CIA, a présidé à la mise en oeuvre du programme de surveillance lorsqu'il dirigeait la NSA, de 1999 à 2005. Or, à partir de jeudi, il doit être entendu par le Sénat, qui doit avaliser sa nomination. Vendredi, il tentait de convaincre les parlementaires de ne pas trop s'inquiéter. «Je suis préoccupé par tout cela, a réagi le républicain Chuck Hagel. J'ai besoin de comprendre. Pourquoi font-ils cela ? Qui l'a fait ? Quel en est le résultat ? Qui contrôle ? Qui voit les informations ? Expliquez-nous en quoi cela nous aide à combattre le terrorisme.» Selon un premier sondage ABC-Washington Post réalisé jeudi, 63 % des Américains jugent le programme acceptable. Mais un second, publié samedi par Newsweek, montre que 53 % pensent que la NSA va trop loin en empiétant sur leur vie privée, tandis que 41 % estiment qu'il s'agit d'un outil nécessaire contre le terrorisme.
Plaintes. Experts et avocats débattent de la légalité de ces procédures. Plusieurs plaintes ont été déposées vendredi contre les compagnies de téléphone qui ont accepté de transmettre leurs données à la NSA. Une première action en nom collectif avait été intentée en janvier contre AT&T par l'association de défense de la vie privée Electronic Frontier Foundation (EFF). Elle s'appuie notamment sur le témoignage de Mark Klein, qui a travaillé vingt-deux ans chez l'opérateur comme technicien et a fourni des documents internes. Pour l'instant, les pièces sont sous scellés. Lors d'une audience, mercredi, EFF en demandera la divulgation.
«Un grand nombre de personnes innocentes ont vu leur vie privée violée, explique Kevin Bankston, un avocat de l'association. Nous demandons l'arrêt de cet espionnage et réclamons des dommages pour les personnes qui en ont été victimes.» Selon lui, le fait même que la NSA dispose des relevés est préoccupant : «Personne ne sait ce qu'elle en fait. Ce sont des responsables incontrôlés avec un accès incontrôlé sur les informations d'Américains innocents.» AT&T se contente de répondre par un communiqué mentionnant son «obligation d'assister les agences responsables du maintien de l'ordre», mais aussi son souci d'assurer le respect de la vie privée de ses clients.
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Après l'affaire des écoutes électroniques illégales de citoyens américains révélée en décembre dernier, les activités de la National Security Agency (NSA), agence américaine responsable du renseignement électronique, placent de nouveau l'administration de George W. Bush dans l'embarras.
Le quotidien USA Today a en effet révélé jeudi que la NSA avait fiché des millions d'appels faits en sol américain depuis le 11 septembre 2001, dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. Ce programme n'implique pas d'écoutes ou d'enregistrements d'appels, mais plutôt la mise en place d'un registre des numéros composés lors d'appels locaux ou interurbains, personnels ou professionnels.
L'une des sources anonymes citées par le journal a estimé qu'il s'agissait de la plus grande base de données de ce genre jamais constituée dans le monde. « L'agence de renseignement utilise les informations pour analyser les schémas d'appels pour détecter une activité terroriste », ajoute le USA Today.
Même si la NSA n'a pas accès aux noms et aux adresses des correspondants téléphoniques, elle peut recouper les numéros avec d'autres bases de données pour les obtenir, souligne le USA Today.
Trois compagnies impliquées
La NSA a utilisé des données fournies par les compagnies AT&T, Verizon et BellSouth dans le cadre de sa collecte, rapporte le USA Today. Pour sa part, QWest a refusé de transmettre des relevés téléphoniques sans mandat judiciaire.
Aux États-Unis, la transmission illégale d'informations sur les appels téléphoniques peut entraîner des amendes graves pour les compagnies impliquées. Le porte-parole de la NSA, Don Weber, a déclaré que l'agence agissait dans le cadre de la loi.
En décembre dernier, le New York Times a révélé l'existence d'un programme d'écoute électronique d'appels des États-Unis à l'étranger par la NSA, sans mandat judiciaire. George W. Bush, qui avait autorisé ce programme en 2002, continue d'affirmer que ces écoutes sont légales et qu'elles se limitent aux appels faits à l'extérieur des États-Unis.
La vie privée est protégée, dit Bush
Dans une déclaration télévisée, le président Bush a insisté sur le fait que les services de renseignement ne fouillaient pas la vie privée des citoyens, mais que leurs activités visaient spécifiquement Al-Qaïda et ses groupes affiliés. « La vie privée des Américains est protégée avec acharnement, a-t-il dit. Nous ne fouillons pas dans la vie personnelle de millions d'Américains innocents. »
La porte-parole adjointe de la Maison-Blanche, Dana Perino, a déploré ces fuites d'informations confidentielles, qui, selon elle, mettent en péril la sécurité nationale. « À chaque fois que des informations secrètes sensibles sont dévoilées, cela nuit à notre capacité de battre l'ennemi. Notre tâche la plus importante est de protéger les Américains contre de nouvelles attaques et nous le faisons en respectant les lois de notre pays », a affirmé Mme Perino.
Toutefois, les sénateurs démocrates n'ont rien voulu entendre. Bill Nelson a réclamé une enquête parlementaire afin de savoir pourquoi les compagnies de téléphone ont transmis des relevés d'appels à la NSA. « Il faut qu'on sache ce que le gouvernement fait en espionnant des Américains », a de son côté déclaré, outré, le sénateur Patrick Leahy.
Chez les républicains, la réaction était mitigée. D'un côté, le leader républicain à la Chambre des représentants, John Boehner, s'est dit préoccupé par la situation et a demandé des explications, pendant que le sénateur Arlen Specter, président de la commission judiciaire de la chambre haute, annonçait qu'il convoquerait les compagnies de téléphone. De l'autre, le sénateur républicain John Cornyn a lancé un appel à la prudence, en rappelant que la sécurité des Américains était en jeu.
Radio Canada
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Big Brother» espionne les citoyens américains
Philippe Gélie Le Figaro
13 mai 2006, (Rubrique International)
L'Administration Bush est dans la tempête pour avoir autorisé une gigantesque banque de données avec la complicité des compagnies de téléphone.
«BIG BROTHER» est en passe d'avoir un visage, celui de George W. Bush. Le président américain s'est précipité devant les caméras de télévision, avant-hier, pour allumer un contre-feu aux nouvelles révélations du quotidien USA Today sur le programme d'écoutes secrètes de la NSA (National Security Agency). Sans grand succès : les auditions de confirmation du général Michael Hayden, ancien patron de la NSA promis à la direction de la CIA, pourraient en être compliquées devant le Sénat jeudi prochain.
L'affaire est un boulet de plus à la cheville de Bush depuis qu'elle a été dévoilée par le New York Times en décembre 2005. Après les attentats du 11 septembre 2001, la NSA, les «grandes oreilles» du Pentagone, s'est donné les moyens de mettre sur écoute n'importe quel citoyen américain sans solliciter de mandat auprès d'un tribunal pourtant spécialement créé à cet effet. Le chef de la Maison-Blanche avait d'abord défendu ce «programme de surveillance terroriste» en affirmant qu'il était limité aux appels internationaux et à «l'interception de communications entre des gens connus pour leurs liens avec al-Qaida ou d'autres organisations terroristes.» Mais le scoop de USA Today révèle un autre volet de l'opération : la NSA collecte aussi les données de tous les appels et envois de courriels passant par les trois plus grandes compagnies de téléphone américaines : AT&T, Verizon et BellSouth. Soit des milliards d'informations touchant à peu près tout le monde dans le pays.
Pressions et menaces
La NSA n'écoute pas les propos anodins que s'échangent chaque jour les 200 millions d'Américains clients de ces trois compagnies. Elle compile les listes de numéros appelés qui lui sont transmises et mène des recherches au moyen d'ordinateurs superpuissants. Dans un exemple donné par la chaîne ABC, les espions peuvent ainsi identifier tous les coups de téléphone partis de Miami à une certaine heure, ayant duré une minute au maximum et ayant été suivis d'un autre appel au Pakistan. L'objectif est de faire ressortir des «tendances» censées dévoiler des connexions terroristes. Il en va de même avec les e-mails. Une seule grande société de téléphones a refusé de jouer le jeu : QWest, qui dessert 14 millions de clients dans l'Ouest et le Midwest. Lorsqu'elle a demandé si la cour spéciale avait donné son autorisation, il lui a été répondu qu'elle «pourrait ne pas être d'accord.» Les pressions de la NSA auraient été assorties de la menace de ne plus bénéficier de contrats «sensibles».
A la suite de ces révélations, George Bush a ajusté sa ligne de défense : «Nous ne fouillons pas dans la vie privée de millions d'Américains innocents», qui reste «farouchement protégée», a-t-il assuré. «Nos efforts sont concentrés sur les liens avec al-Qaida et ses filiales.» Cela n'a pas fait taire les critiques. «Etes-vous en train de me dire que des millions d'Américains sont liés à al-Qaida ?», s'est insurgé le sénateur démocrate Patrick Leahy. «Ces révélations choquantes exigent plus que jamais que le Congrès cesse d'être complice avec la Maison-Blanche pour camoufler ce programme de surveillance massive des citoyens», a renchéri le sénateur Edward Kennedy. Côté républicain, le député du Michigan Peter Hoekstra, président de la commission du renseignement à la Chambre des représentants, a déploré un déballage «qui risque de saper notre sécurité». Mais Arlen Specter, son homologue au Sénat, a promis des auditions publiques, en commençant par les dirigeants des sociétés impliquées.
Celles-ci se défendent d'avoir trahi la confidentialité de leurs clients. La légalité des méthodes de la NSA est certes débattue, mais ce sont surtout les mensonges de l'Administration qui pourraient ouvrir une crise politique. «Ce n'est pas un filet dérivant, c'est un programme très spécifique, très ciblé», assurait ainsi en février Michael Hayden, patron de la NSA de 1999 à 2005. Jeudi, dans les couloirs du Capitole où il courtisait les élus en vue de sa confirmation à la tête de la CIA, il a réaffirmé : «Tout ce que fait la NSA est légal et soigneusement étudié.» Il en faudra plus devant le Sénat, qui ne manquera pas de le passer sur le gril.