Enquête scientifique sur des preuves ( Sperme ADN ... ) : ce qu'a fait DSK va bien au-delà d'une faute morale...
Lisa Friel est un personnage-clé de l'affaire DSK. Depuis 2002, elle dirigeait la fameuse "Sex Crime Unit", cette brigade interne au bureau du procureur de New York, spécialisée dans la répression des crimes sexuels. C'est elle qui a mené l'enquête sur la plainte pour crime sexuel déposée par Nafissatou Diallo à l'encontre de Dominique Strauss-Kahn et a travaillé en lien direct avec le procureur Cyrus Vance.
Elle sera mercredi soir sur le plateau de France 3 dans l'émission "Pièces à conviction", au cours de laquelle sera diffusé un documentaire de Lisa Jackson sur la "Sex Crime Unit".Interviewée par Le Parisien-Aujourd'hui en France, mercredi 21 septembre, Mme Friel fait part de ses " sentiments personnels " : " Ce qu'a fait DSK, dit-elle, va bien au-delà d'une faute morale comme il l'a invoqué. Il s'est très mal comporté. Je pense même que c'était pire que cela."
Même si l'ancienne patronne de la Sex Crimes Unit reconnaît l'existence de "points d'interrogation sur la crédibilité" de la femme de chambre, "Nafissatou Diallo est bien une victime", estime-t-elle.
Elle ajoute : " Je peux vous affirmer que Nafissatou Diallo est bien une victime. Il existe des éléments de preuve qui étayent son propos. Je ne peux croire qu'elle ait inventé tout cela de toute pièces." "Nous avons bien trouvé des preuves scientifiques, mais nous n'avons pas pu prouver ce qui s'est passé ce jour, au-delà du doute raisonnable, comme on dit dans notre procédure.
Ce qu'a fait DSK va bien au-delà d'une faute morale comme il l'a invoqué. Il s'est très mal comporté, je pense même que c'était pire que cela", ajoute-t-elle tout en précisant livrer, "en tant que femme et non en tant que procureur", des "sentiments personnels".
Lisa Friel, qui a passé 28 ans au bureau du procureur du district de Manhattan, a dirigé à partir de 2002 la Sex Crimes Unit, qu'elle a quittée peu après le déclenchement le 14 mai de l'affaire Strauss-Kahn pour rejoindre une société privée.
Pendant vingt-huit ans, Lisa Friel a été procureur adjointe au tribunal de Manhattan.La Sex Crimes Unit, brigade spécialisée dans la répression des crimes sexuels, créée en 1974. Cette unité a enquêté sur l’affaire DSK et a été popularisée par la série télévisée « New York, police judiciaire »
LISA FRIEL. Dans ce service prestigieux, on apprend à travailler correctement et dans l’intérêt de la justice. Une erreur ? Je ne sais si c’est le cas. Nous avons fait notre job et je peux dire que je suis fière de mon ancienne équipe. On nous a signalé des faits et nous avons agi en conséquence pour enquêter. Policiers et procureurs sont des humains, mais notre équipe est parfaitement rodée et expérimentée pour faire face. Notre force, c’est l’expérience. C’est nous qui avons découvert les problèmes autour de ce dossier.
Que savez-vous de l’entretien de DSK à la télévision ?
Si j’ai bien compris, il semblait dire qu’il est innocent, qu’il n’y a pas de preuves contre lui et que sa victime avait menti sur tout. Il suffit de lire le rapport pour comprendre que c’est un peu différent. Nous avons bien trouvé des preuves scientifiques, mais nous n’avons pas pu prouver ce qui s’est passé ce jour, au-delà du doute raisonnable, comme on dit dans notre procédure. Et nous avions des points d’interrogation sur la crédibilité de la victime.
Que doit-on penser de Nafissatou Diallo ?
Je peux vous affirmer que Nafissatou Diallo est bien une victime. Il existe des éléments de preuves qui étayent son propos. Je ne peux croire qu’elle ait inventé tout cela de toutes pièces. Je crois surtout les preuves. Mais ces éléments dont nous disposions n’étaient pas suffisants pour poursuivre ce dossier et pour l’affirmer, sans doute raisonnable, devant un jury de douze personnes et à l’unanimité. Dans un tribunal américain, dans une procédure au pénal, la charge de la preuve doit être indiscutable. Ce que vous pensez pouvoir prouver et ce que vous croyez être la vérité sont deux choses bien différentes. Au mois de juin, deux policiers accusés de viol dans l’exercice de leur fonction ont été relaxés par le tribunal de Manhattan parce que nous n’avons pas su convaincre le jury.
Vous n’êtes plus procureur, mais, en tant que femme, que savez-vous de ce qui s’est passé dans cette chambre ?
En tant que femme, et non en tant que procureur, je vous fais part de mes sentiments personnels. Ce qu’ a fait DSK va bien au-delà d’une faute morale comme il l’a invoqué. Il s’est très mal comporté. Je pense même que c’était pire que cela.
Carreyrou ( FranceSoir ) :
L’interview de Dominique Strauss-Kahn au journal de 20 heures de TF1 fut une grandiose entreprise de communication, de complaisance et de réhabilitation de l’ex-directeur du FMI. D’abord, je partage l’opinion d’Alain Duhamel selon laquelle « une amie d’Anne Sinclair ne devait pas interroger DSK ». Mais, outre cette faille originelle de crédibilité, cette interview théâtralisée, mise en scène au millimètre, a manqué de vérité et de vraie sincérité.
Les Français ont eu droit à moins d’égards que les salariés du FMI qui avaient, eux, reçu les excuses de Dominique Strauss-Kahn. Ici point d’excuses mais la reconnaissance d’une simple « faute morale », c’est le service minimum. Quant à « la légèreté perdue pour toujours », on demande à voir.
Aucune explication plausible n’est apportée sur la scène du Sofitel : s’il n’y a eu « ni violence, ni contrainte, ni agression » et s’il n’y a pas eu de relation tarifée, que s’est-il donc passé ? Peut-être un coup de foudre de la femme de ménage pour le client ? On se moque de nous.
Clou de la soirée, Dominique Strauss-Kahn a accrédité la fameuse théorie du complot en insistant sur les zones sombres. Quand on connaît la propension des gogos à croire à ce genre d’explications fallacieuses, on se dit une fois encore que plus c’est gros, mieux ça passe.
Et puisqu’il fallait atteindre l’objectif central qui était de remettre Dominique Strauss-Kahn sur une trajectoire de retour en politique, l’occasion lui fut donnée de mélanger les genres : une petite claque à Martine Aubry, la remplaçante, l’ancienne alliée, qui a eu l’audace de prendre ses distances, et une recommandation de mettre fin d’un trait de plume à la dette grecque alors que le FMI sous Dominique Strauss-Kahn avait tout fait pour obliger les Grecs à rétablir leurs finances. Alors un avenir en politique ? On verra, dit M. Strauss-Kahn. Pour beaucoup de Français, c’est déjà tout vu .
Tristane Banon, qui a porté plainte contre Dominique Strauss-Kahn pour tentative de viol, réclame une confrontation. "La brigade [de répression de la délinquance à la personne (BRDP) de la police judiciaire parisienne] m'a demandé si j'acceptais la confrontation, j'ai dit évidemment oui. Je voudrais qu'il soit en face de moi et qu'il me dise droit dans les yeux que ce sont des faits imaginaires. Je voudrais le voir me dire ça", a-t-elle déclaré jeudi sur RTL.
Sans donner de noms ni préciser si elle en avait fait part aux policiers, Tristane Banon a par ailleurs répété avoir reçu des témoignages de femmes la soutenant dans son combat et affirmant avoir été victimes de l'ancien favori à la présidentielle. "Elles me disent qu'elles ont eu des violences de la part de Dominique Strauss-Kahn, donc qu'elles savent que je dis la vérité, en tout cas qu'elles le pensent", a dit Tristane Banon, qui s'est dite consciente qu'il pouvait apparaître "un peu facile de dire juste qu'il y a des femmes" victimes, sans plus de détail. Mais elle se refuse à "donner des noms alors qu'elles ne veulent pas que ça sorte".
"Je pense que si l'affaire va devant un juge d'instruction puis devant une cour, les plaignantes vont avoir le courage" de porter plainte, a-t-elle poursuivi. "Tant qu'elles ne voient qu'une sorte de guerre médiatique dont la plaignante est quand même bien écorchée dans la presse, je comprends qu'elles n'aient pas envie."
Confirmant qu'elle poursuivrait son combat judiciaire avec une constitution de partie civile si l'enquête était classée, elle a par ailleurs défendu son choix d'aller répondre à DSK sur Canal+, lundi soir : "Mon combat, il se situe en justice, et j'aurais voulu qu'il ne reste qu'en justice".
Christophe Régnard, président de l'Union syndicale des magistrats (USM), explique que DSK pourrait être convoqué par un juge d'instruction en tant que témoin assisté ou pour une mise en examen.
Sur le plateau du Grand journal de Canal Plus lundi soir,Tristane Banon a assuré qu'elle exploiterait une autre voie de la procédure judiciaire si sa plainte pour tentative de viol contre Dominique Strauss-Kahn venait à être classée. L'écrivain porterait alors plainte avec constitution de partie civile. Christophe Régnard, président de l'Union syndicale des magistrats (USM) explique les prochaines échéances judiciaires de l'affaire. «Si le parquet classe l'affaire sans suite d'ici la fin du mois de septembre, la jeune romancière, dit-il, a tout à fait le droit de saisir un juge d'instruction. C'est prévu par la loi. Dans ce cas, le doyen des juges d'instruction de Paris désignera un juge d'instruction qui pourra enquêter, entendre la partie civile avec son avocat».
«Aux confins de l'agression sexuelle et de la tentative de viol»
Le juge parisien nommé n'aura aucun délai pour mener son instruction. Il pourra ordonner de nouvelles analyses de la victime, notamment des expertises psychologiques. De même, il pourra entendre Dominique Strauss et même organiser une confrontation entre l'ancien patron du FMI et Tristane Banon.
«Dans cette affaire, reprend le président de l'USM, le patron du FMI a, jusqu'ici, été entendu comme témoin. Son audition devant un juge d'instruction pourra se dérouler sous deux formes différentes : soit en tant que témoin assisté avec son avocat, soit suite à une convocation aux fins de mise en examen si le juge d'instruction estime qu'il y a «des indices graves et/ou concordants».
Ensuite se pose à nouveau le problème de la prescription des faits. «Il s'agit d'une affaire aux confins de l'agression sexuelle et de la tentative de viol, dans le premier cas, il y a prescription, dans l'autre, non. Pour en savoir plus, il faut évidemment aller plus avant dans l'investigation»
Le parquet de Paris estime qu'il y a bien eu agression sexuelle, mais que les faits sont prescrits.
La plainte pour tentative de viol de l'écrivain Tristane Banon contre l'ancien directeur général du Fonds monétaire international Dominique Strauss-Kahn a été classée sans suite par le parquet de Paris, qui estime néanmoins qu'il y a eu agression sexuelle.
« J’ai dit la vérité, que dans cette rencontre il n’y avait eu aucun acte d’agression, aucune violence. » Sur le plateau du JT de TF1, le 18 septembre dernier, devant plus de 13 millions de téléspectateurs, Dominique Strauss-Kahn a fermement assuré que « la version qui a été présentée est une version imaginaire, une version calomnieuse ». Tout juste a-t-il concédé, cette fois devant les policiers, avoir « fait des avances » à Tristane Banon, en 2003 dans un appartement parisien, et « tenté de l’embrasser ». Devant son refus, il n’aurait « pas insisté ».
Sauf que le parquet de Paris, saisi de la plainte pour « tentative de viol » – un crime passible de la cour d’assises – déposée par la jeune femme début juillet, n’a pas la même lecture du rendez-vous entre le député socialiste que DSK était à cette époque et la jeune femme alors âgée de 23 ans. « A l’issue de l’enquête confiée à la brigade de répression de la délinquance contre la personne (BRDP), il ressort que si, faute d’éléments de preuve suffisants, les poursuites ne peuvent être engagées du chef de tentative de viol, des faits pouvant être qualifiés d’agression sexuelle
sont, quant à eux, reconnus », écrit le procureur dans un communiqué.
Mais, requalifiés par le parquet en « agression sexuelle » – un délit jugé par un tribunal correctionnel à condition qu’il soit dénoncé dans les trois années qui suivent sa commission –, les faits sont aujourd’hui prescrits et la plainte, jeudi, a été classée sans suite. En saisissant la justice huit ans après son agression, Tristane Banon a porté plainte trop tard.
"À l'issue de l'enquête confiée à la Brigade de répression de la délinquance contre la personne (BRDP), il ressort que si, faute d'éléments de preuve suffisants, les poursuites ne peuvent être engagées du chef de tentative de viol, des faits pouvant être qualifiés d'agression sexuelle sont quant à eux reconnus", peut-on lire dans un communiqué. "Néanmoins, commis en 2003 et n'ayant été révélés qu'en juillet 2011, ces faits ne peuvent être poursuivis, l'action publique étant éteinte en application de la prescription triennale en matière délictuelle", ajoute ce texte.
Les enquêteurs troublés
Comme le révélait Le Point.fr, les policiers en charge de l'enquête ont exploité l'ensemble des rushes (version brute sans montage) de l'émission de Thierry Ardisson où Tristane Banon avait pour la première fois mis en cause DSK et où, à l'époque, le nom de l'ancien ministre avait été bipé. Certains enquêteurs ont été troublés par le récit fait par Tristane Banon autour de la table de l'animateur. Selon eux, il ne correspondrait qu'approximativement à son audition. Dans ces rushes, où elle n'est pas avare de précisions, il n'est fait aucune référence aux détails de l'agression sexuelle, autant de détails qui permettent la qualification des faits en tentative de viol et qu'elle a donnés aux policiers
près de dix ans plus tard.
La décision du parquet de Paris intervient le jour où Tristane Banon publie un livre, Le bal des hypocrites (Au Diable Vauvert), dans lequel elle raconte sa version des faits sans jamais citer le nom de DSK. Elle parle dans son ouvrage de 120 pages du "cochon" ou de "l'homme babouin".
Dans la droite ligne de Me David Koubbi, l'avocat de Tristane Banon, Me Thibault de Montbrial a souligné que le parquet de Paris avait reconnu l'agression sexuelle. Mais comme les faits se sont produits il y a plus de 3 ans, ils sont donc prescrits.
Pour autant, l'avocat de Nafissatou Diallo a évoqué "une décision doublement désastreuse pour Dominique Strauss-Kahn". "Aujourd'hui, il n'y a pas que l'avocat de Tristane Banon ou de Nafissatou Diallo qui parle d'agresseur sexuel en parlant de Monsieur Strauss-Kahn. Il y a aussi le procureur de Paris, ce qui n'est pas rien", a-t-il commenté.
Me Thibault de Montbrial a souligné par ailleurs que cette décision de justice constituait un véritable désaveu pour Dominique Strauss-Kahn, qui a souvent évoqué les accusations "imaginaires" de Tristane Banon.
"Monsieur Strauss-Kahn est pris en flagrant délit de mensonge. J'ai réécouté ce qu'il avait dit sur TF1 il y a quelques semaines. Il a dit, je cite : 'Il n'y a eu aucun acte d'agression' à propos de Tristane Banon. Donc Monsieur Strauss-Kahn a menti", a souligné l'avocat.
Des répercussions dans l'affaire Diallo ?
Des mensonges que l'avocat a jugés beaucoup plus préjudiciables que ceux reprochés à sa cliente. "Je voudrais rapprocher ce mensonge des mensonges périphériques qui ont été reprochés à Nafissatou Diallo sur les conditions d'entrée aux États-Unis, sur les coups de file qu'elle a pu passer après les faits et qui sont dérisoires par rapport aux mensonges de quelqu'un qui s'est toujours drapé dans sa morale et dans sa vertu", a-t-il fustigé.
Me Thibault de Montbrial a estimé que "ce mensonge" pourrait défavoriser Dominique Strauss-Kahn dans l'affaire qui l'oppose à Nafissatou Diallo aux États-Unis. "Quand les avocats de Madame Diallo intervieweront Dominique Strauss-Kahn, sous serment, dans le cadre de l'enquête en civile, ils ne manqueront pas de le mettre en face de mensonge", a fait remarquer l'avocat.
"Je pense que c'est une décision désastreuse pour Monsieur Strauss-Kahn et qu'elle fera date", a-t-il conclu
From : le Monde , le Parisien , le Figaro, France soir ( Carreyrou ) , le Point , Europe 1...