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Tempête politique autour de l'affaire Bettencourt-Woerth

From :le Point ,Slate , Rue 89 , le Figaro , Dazibao , ... 

 

Le ministre du Travail assure ne pas avoir été informé d'une possible fraude fiscale de la milliardaire pour qui travaillait son épouse. Il peine à convaincre.

Sur fond de soupçons d'évasion fiscale, l'affaire Bettencourt se transforme en tempête politico-judiciaire à quinze jours du procès opposant la fille de la femme la plus riche de France au photographe François-Marie Banier.

Elle tombe à un mauvais moment pour le gouvernement, qui s'efforce de faire passer dans l'opinion sa réforme des retraites ainsi qu'un plan d'austérité alors même que plusieurs ministres sont épinglés pour leur train de vie.

 

 

 

 

La ministre de l'Economie, Christine Lagarde, a assuré dimanche que les allégations d'évasion fiscale visant l'actionnaire principale du géant des cosmétiques L'Oréal feraient l'objet d'une enquête.

"Si ces allégations étaient avérées, je ne doute pas que des contrôles seront engagés et que des poursuites seront diligentées", a-t-elle déclaré au grand Jury RTL-LCI-Le Figaro.

Maître d'oeuvre de la réforme, le ministre du Travail Eric Woerth doit se défendre presque quotidiennement d'être intervenu en faveur de la situation fiscale de Liliane Bettencourt, ou d'avoir reçu de l'argent.

Il a annoncé dimanche que son épouse, qui travaillait pour le gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt, porterait plainte contre le socialiste Arnaud Montebourg.

Le député PS a jugé samedi que le maintien au gouvernement d'Eric Woerth "empêchera que la vérité éclate". "Il est chargé d'un dossier de premier plan, tout l'appareil judiciaire et policier de l'Etat va se mobiliser", a-t-il prédit.

Pour sa part, l'eurodéputée écologiste Eva Joly a demandé dimanche la démission du ministre du Travail, dénonçant "une contradiction d'intérêts incroyable".

 

"Dans une démocratie normale, la démission s'impose", a-t-elle dit sur le site Mediapart. "Il n'est pas extraordinaire de demander à un ministre d'être irréprochable! Les fonctions de sa femme ne sont pas contestées, la validité des enregistrements non plus".

"C'est l'air de la calomnie", a répondu Eric Woerth sur Europe 1, se présentant à nouveau comme le champion de la lutte contre la fraude fiscale.

Il n'a pas voulu, cependant, se prononcer sur le silence des services fiscaux concernant les soupçons de fraude fiscale visant Liliane Bettencourt depuis la publication d'enregistrements pirates enregistrés par son majordome.

 

 

Elargissant le sujet aux ministres récemment mis en cause pour leur train de vie, Christine Lagarde a souligné que les membres du gouvernement avaient "une obligation d'exemplarité".

Mais elle s'est déclarée "accablée" pour Eric Woerth.

 

 

Dans le journal du Dimanche, Georges Kiejman, avocat de Liliane Bettencourt, accuse son confrère Olivier Metzner, défenseur de Françoise Bettencourt-Meyers, d'être le cerveau d'un "complot organisé de longue date".

Selon lui, Olivier Metzner est à l'origine de la publication des enregistrements pirates, qui suggèrent notamment des interventions de l'entourage de Nicolas Sarkozy ainsi que des dons à des candidats du parti présidentiel.

"Nous allons assigner Kiejman en diffamation", réplique Olivier Metzner, pour qui Liliane Bettencourt est entourée de "prédateurs."

"Quand on n'a même plus la notion de l'argent, c'est qu'on est en état de faiblesse", dit-il à propos du milliard d'euros qu'elle a offert à François-Marie Banier.

 

 

Prudente, la première secrétaire du PS Martine Aubry a exigé de la "transparence". "Je n'ai pas l'habitude de critiquer sans être sûre des faits" mais "tout ce qui se passe actuellement donne une drôle de coloration à notre République", a-t-elle dit.

  

 

L'eurodéputée Eva Joly a estimé mercredi que "la position" du ministre du Travail, Eric Woerth, mis en cause pour "conflit d'intérêts" dans l'affaire Bettencourt, était "intenable" .

""Lorsqu'on passe trois minutes à regarder les chiffres, et c'est un calcul que tout le monde peut faire, seize milliards de fortune (celle de de Mme Bettencourt ) et 40 millions d'impôts en moyenne par an, on voit bien que cela ne colle pas", a-t-elle expliqué en reprenant des chiffres fournis par la milliardaire.

"Même un élève de troisième se serait rendu compte qu'il y avait un mystère dans la gestion de la fortune de Liliane Bettencourt, alors a fortiori lorsqu'on est Mme Woerth, femme de ministre qui a fait HEC et a vingt ans d'expérience de gestion du patrimoine", a-t-elle ajouté en appelant aux lancements d'enquêtes "pour élucider ce mystère".

 

"On ne peut pas être ministre du budget, responsable de remplir les caisses de l'Etat, avec le devoir de se comporter avec une impartialité qui ne peut pas être mise en doute, et avoir sa femme dans cette structure (la société Clymène ) qui, le moins que l'on puisse dire, était très défiscalisante", a-t-elle ajouté en expliquant que le taux d'imposition de la milliardaire correspond à celui du salaire d'une infirmière.

 

 

 

 

 

Marine Le Pen, vice-présidente du Front national, avait estimé vendredi que l'affaire Bettencourt pourrait se transformer en "Sarkogate" et entraîner la démission du chef de l'Etat si les soupçons d'immixtion de l'Élysée dans la procédure judiciaire étaient avérés.

 

 

Le président du Mouvement démocrate (MoDem) François Bayrou a constaté samedi "la fragilisation" du gouvernement et de son ministre du Travail chargé du dossier des retraites, Eric Woerth, sur la sellette dans l'affaire Bettencourt.

"Je pense que c'est très difficile de conduire un dossier comme celui des retraites tout en étant l'objet de révélations tous les jours", a-t-il ajouté expliquant qu'à ses yeux "l'ensemble du gouvernement" était également fragilisé.

"Mais les Français voient bien qu'il y a un souci. Il y a une fragilisation du gouvernement et de tous ceux qui, en son nom, conduisent un certain nombre de réformes".

"Tout ce qu'on est en train de découvrir prouve que depuis de longues années, en France, on ne respecte plus les principes républicains élémentaires", a-t-il ajouté en pointant "deux aspects" de l'affaire Bettencourt.

Il y a d'abord "un certain nombre de méthodes d'évasion fiscale qui sont inacceptables", a-t-il dit.

Quant à la saisine par le parquet de Nanterre des services de Bercy sur le dossier fiscal de François-Marie Banier, ami de Liliane Bettencourt soupçonné de dissimulation, M. Bayrou a dit "ne pas imaginer que l'administration fiscale n'ait rien fait".

"Où alors, cela voudrait dire qu'il y aurait eu des protections et j'espère que la République n'en est pas là", a-t-il ajouté.

Le leader centriste a également dénoncé le "non-respect de l'indépendance de la justice: découvrir que le pouvoir a annoncé à l'une des parties dans un procès, plusieurs mois à l'avance, quels seraient la date et le sens de la décision du procureur de la République, cela veut dire qu'il n'y a pas d'égalité des Français devant la justice".

 

 

Le président de Debout la République, Nicolas Dupont-Aignan, lui, ne doute pas qu'Eric Woerth, dont le nom est cité ainsi que celui de son épouse dans l'affaire des soupçons de fraude fiscale de la milliardaire, est désormais un «ministre en sursis». Il remarque que «les révélations du juge Courroye sapent les bases de la ligne de défense d'Eric Woerth». Vendredi, le procureur Courroye a dit avoir transmis au fisc, en janvier 2009, le dossier de François-Marie Banier, ce qu'a confirmé Woerth, qui était jusqu'en mars 2010 en charge du Budget. «Soit le procureur de la République raconte n'importe quoi, soit le ministre du Budget était au courant de la transmission par le parquet de Nanterre des soupçons de fraude fiscale concernant Madame Bettencourt», écrit dans un communiqué le député (ex-UMP).

Lequel ne croit guère à la version du ministre: «Comment peut-on croire qu'Eric Woerth qui accompagne régulièrement au titre de ses fonctions de trésorier de l'UMP le président de la République à l'Hôtel Bristol pour "câliner" les plus grandes fortunes de France et qui, de surcroît, a sa femme qui travaille comme gestionnaire des dividendes de Mme Bettencourt, n'ait pas été au courant immédiatement du dossier transmis par le juge Courroye?»

 

 

 

Edwy Plenel estime que l'affaire est trop grave pour qu'Eric Woerth reste à son poste:

Largement détaillé par les enregistrements, le conflit d'intérêts dans lequel s'est placé le ministre Eric Woerth est autrement plus grave. Ses démentis, répétés par deux fois en complément du courriel qu'il nous a adressé en réponse à nos questions, contournent la question politique essentielle, compréhensible par tous nos concitoyens : est-il déontologique – moral, vertueux, éthique, comme l'on voudra – qu'un ministre du budget, en charge de la politique fiscale, c'est-à-dire de l'égalité des citoyens devant l'impôt, ait pour épouse la collaboratrice du gestionnaire d'une des plus grandes fortunes de France ?

Ce risque pris, depuis 2007, par M. Woerth, se referme aujourd'hui sur lui puisque, à en croire les enregistrements, ce serait à sa propre demande que son épouse aurait eu cet emploi. Cette situation imposée aurait été jugée dangereuse par l'entourage de Mme Bettencourt et, enfin, elle se serait accompagnée de largesses financières, soit pour y mettre fin, soit au bénéfice de la famille politique de M. Woerth, l'UMP, dont il est le trésorier. Sans compter ce fait rédhibitoire que l'employeuse de Mme Woerth se serait rendue coupable de fraude fiscale à grande échelle.

 

 

Kahn : « Les soupçons sont gravissimes »

Kahn rappelle que De Maistre affirme avoir donné 7 500 euros à Woerth (somme sous le seuil légal), que le conseiller financier a organisé la fuite de capitaux de sa patronne vers Singapour ou l'Urugay…

Et l'ancien patron de Marianne en déduit deux hypothèses :

« Soit Madame Woerth exerce vraiment sa fonction, juteusement rémunérée, gestionnaire de fortune de Madame Bettencourt, et elle est évidemment au courant de ces pratiques illégales, on est même en droit de penser qu'elle les favorise et les conseille, soit, ce qui est possible, elle n'est absolument pas dans le coup, mais alors il s'agit d'une fonction fictive et c'est une subvention indirecte au ministre du Budget dont on attendrait des renvois d'ascenseur.

Dans les deux cas, les soupçons sont gravissimes. »

 

 

François Hollande, député PS: "Ce n'est pas une chasse à l'homme, ni une démarche tentant à faire je ne sais quel procès à Eric Woerth, mais de fournir toutes les informations aux Français sur cette affaire dans un souci de transparence. Ce qui est en cause, dès lors que la justice a saisi l'administration fiscale de cas de fraude, c'est si Eric Woerth a ou n'a pas engagé de procédure de contrôle fiscal visant Mme Bettencourt".
L'objectif est de savoir si le dossier transmis par le p rocureur Courroye concernait « uniquement M. Banier ou l'ensemble du dossier Bettencourt ». Et si « il était fait mention de comptes en Suisse de Mme Bettencourt ».
"Le mieux est qu'une inspection soit organisée sur ce point-là et qu'une instruction judiciaire, qu'une information judiciaire soit ouverte", a demandé l'ancien premier secrétaire du PS, François Hollande, sur Radio Classique.

 

 

 

 

La Société Clymène  , une étrange machine  à perdre de l'argent

http://www.mediapart.fr/journal/economie/250610/clymene-bettencourt-letrange-gestion-dune-machine-perdre-de-l-argent

La société Clymène, chargée de valoriser les dividendes versés par L'Oréal à Liliane Bettencourt, a enregistré des pertes à cinq reprises depuis sa création en 2000, affirme le site d'informations en ligne Mediapart. Clymène employait notamment Florence Woerth, l'épouse du ministre du Travail Eric Woerth, ancien titulaire du Budget, qui se retrouve au coeur d'une intense polémique depuis la découverte d'enregistrements clandestins réalisés chez Liliane Bettencourt et mettant au jour des opérations financières destinées à échapper au fisc. Florence Woerth a annoncé dernièrement sa démission de la société, dont l'héritière de L'Oréal est l'unique actionnaire.

 

 

"Clymène, loin de contribuer à faire prospérer la fortune de Liliane Bettencourt (...), perd systématiquement de l'argent, détruit du capital", écrit le site internet, sur la base d'une analyse des comptes de cette société. "Sur les neuf exercices depuis sa création, elle a été cinq fois en pertes", avec des déficits de 6,5 millions d'euros en 2000, 16,2 millions en 2001, 20,3 millions en 2002, 4,7 millions en 2005 et 66,1 millions en 2008, ajoute-t-il.

Selon Mediapart, ces pertes "ont absorbé (...) plus de 60% du capital social" de Clymène. "Sur neuf exercices, 107 millions de capitaux se sont volatilisés, sur un total de 170 millions de capital", détaille-t-il.

En outre, poursuit le site, la société a dû "constater des dépréciations" sur les titres qu'elle gérait pour le compte de Liliane Bettencourt "chaque année ou presque, que les marchés boursiers soient porteurs ou non": 20 millions d'euros en 2002, 12,5 millions en 2003, 2 millions en 2005, 1,6 million en 2006 et 5,5 millions en 2007 - les 64 millions de 2008 pouvant être attribués à la crise financière.

 

 

Concernant cette année 2008, "effroyable pour les sociétés financières", Mediapart constate enfin que, malgré d'importantes pertes, les charges salariales de Clymène, "jusqu'alors stables d'une année sur l'autre, firent un bond spectaculaire". "De 424.604 euros, elles grimpèrent à 1.501.599 euros, soit un million de plus", note le site, précisant que le directeur général de la société, Patrice de Maistre, n'a pas répondu à ses questions.

Contacté par l'AFP, l'avocat de M. de Maistre, Pascal Wilhelm, n'avait pu être joint samedi après-midi.

 

 

La gestion de la fortune de Liliane Bettencourt est étrange. Sur les neuf exercices depuis sa création, Clymène, la holding où travaillait Florence Woerth, a été cinq fois en déficit. Plus de 100 millions de pertes ont été enregistrés. Pourquoi une structure censée faire prospérer cette fortune accumule-t-elle autant de pertes? Au profit de qui?

 


Celles-ci ont absorbé en huit ans plus de 60% du capital social. Et lorsque qu'elle affiche des bénéfices, ils sont à des niveaux ridicules. Ce n'est pas exactement ce que l'on attend d'une gestion de fortune avisée. A moins que d'autres buts aient été poursuivis ? Et au profit de qui ? (…) Pourquoi faire systématiquement des pertes ? Une évasion pourrait-elle se cacher derrière ? Et au profit de qui ? Dans ce cas, que faisait Mme Woerth ?
Les charges salariales de Clymène, jusqu'alors stables d'une année sur l'autre, firent un bond spectaculaire en 2008 : de 424 604 euros, elles grimpèrent à 1 501 599 euros, soit un million de plus. Qui en a été le bénéficiaire (certainement quelqu'un qui le valait bien) ?

Ces questions soulevées par Martine Orange sur Médiapart ne sont pas anodines.

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Tag(s) : #Politique Intérieure - Extérieure
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