Ultimatum de Sarkozy à Bgagbo
Trois jours. C'est ce qu'il reste à Laurent Gbagbo pour quitter un poste qu'il occupe "en violation de la volonté du peuple ivoirien", a déclaré vendredi Nicolas Sarkozy lors d'une conférence de presse à l'issue du Conseil européen. Le président de la République a appuyé cette déclaration avec des menaces: Laurent Gbagbo doit se plier sans délai au verdict des urnes "avant la fin de la semaine" sous peine d'encourir des sanctions européennes et d'avoir affaire au tribunal pénal international, a ajouté le chef de l'Etat.
Extrait du Discours de Dakar :....
".... Ils ont créé une angoisse, un mal de vivre. Ils ont nourri la haine. Ils ont rendu plus difficile l’ouverture aux autres, l’échange, le partage parce que pour s’ouvrir, pour échanger, pour partager, il faut être assuré de son identité, de ses valeurs, de ses convictions. Face au colonisateur, le colonisé avait fini par ne plus avoir confiance en lui, par ne plus savoir qui il était, par se laisser gagner par la peur de l’autre, par la crainte de l’avenir.
Le colonisateur est venu, il a pris, il s’est servi, il a exploité, il a pillé des ressources, des richesses qui ne lui appartenaient pas. Il a dépouillé le colonisé de sa personnalité, de sa liberté, de sa terre, du fruit de son travail.
Il a pris mais je veux dire avec respect qu’il a aussi donné. Il a construit des ponts, des routes, des hôpitaux, des dispensaires, des écoles. Il a rendu féconde des terres vierges, il a donné sa peine, son travail, son savoir. Je veux le dire ici, tous les colons n’étaient pas des voleurs, tous les colons n’étaient pas des exploiteurs.
Il y avait parmi eux des hommes mauvais mais il y avait aussi des hommes de bonne volonté, des hommes qui croyaient remplir une mission civilisatrice, des hommes qui croyaient faire le bien. Ils se trompaient mais certains étaient sincères. Ils croyaient donner la liberté, ils créaient l’aliénation. Ils croyaient briser les chaînes de l’obscurantisme, de la superstition, de la servitude. Ils forgeaient des chaînes bien plus lourdes, ils imposaient une servitude plus pesante, car c’étaient les esprits, c’étaient les âmes qui étaient asservis. Ils croyaient donner l’amour sans voir qu’ils semaient la révolte et la haine.
La colonisation n’est pas responsable de toutes les difficultés actuelles de l’Afrique. Elle n’est pas responsable des guerres sanglantes que se font les Africains entre eux. Elle n’est pas responsable des génocides. Elle n’est pas responsable des dictateurs. Elle n’est pas responsable du fanatisme. Elle n’est pas responsable de la corruption, de la prévarication. Elle n’est pas responsable des gaspillages et de la pollution......
Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire......"
Nicolas Sarkozy a en tout cas annoncé que Laurent et Simone Gbagbo, la "dame de fer" du régime, seraient "nommément sur la liste des sanctions" européennes s'ils n'accédaient pas aux exigences de l'Union. Les ministres des Affaires étrangères européens ont décidé lundi d'imposer des sanctions ciblées contre Laurent Gbagbo et ses proches, qui refusent de reconnaître la victoire d'Alassane Ouattara à l'élection présidentielle du 28 novembre. Les visas vers l'Union européenne de ces personnes seraient interdits et leurs avoirs gelés.
Nicolas Sarkozy a lui-même rappelé cette possibilité et souligné que c'était à Laurent Gbagbo de choisir l'image qu'il voulait laisser dans l'Histoire: "Est-ce qu'il veut laisser l'image d'un homme de paix? Il est encore temps mais le temps presse et il doit partir. Ou est-ce qu'il veut laisser l'image de quelqu'un qui a fait tirer sur des civils parfaitement innocents? Et, dans ce cas-là, il y a des juridictions internationales comme la Cour pénale."
Au-delà des menaces, l'Union européenne tente aussi de déstabiliser le pouvoir en place en sapant les soutiens de Gbagbo. Les dirigeants de l'UE ont donc appelé l'armée à se placer sous l'autorité du président élu, Alassane Ouattara. Ce "transfert de puissance" mettrait sûrement un terme à la crise et chaque partie le sait très bien. Ainsi, après les heurts violents de jeudi, le Premier ministre de Ouattara, Guillaume Soro, indiquait que les tirs sur la foule avaient été l'œuvre de la garde républicaine et de mercenaires libériens. Selon lui, les chefs de la gendarmerie et de la police avaient refusé de "participer au massacre". S'il est quasiment acquis que la tête de l'armée suivra Gbagbo, les sous-officiers, des jeunes ivoiriens comme les autres, peuvent être sensibles aux appels du camp Ouattara. C'est en tout cas le pari que fait ce dernier et ses soutiens internationaux.
Reste que les militants de l'ancien Premier ministre ont perdu une bataille ce vendredi. Les appels à reprendre la marche vers la Radio télévision ivoirienne (RTI) entamée jeudi et vers le palais du Premier ministre ont fait chou blanc après les violences de la veille. Les rues d'Abidjan étaient calmes ce vendredi, selon un reporter de l'agence Reuters, et seuls quelques tirs se sont faits entendre à Cocody, théâtre des plus violents affrontements la veille. L'armée a pris position aux principaux carrefours de la ville et bloque l'accès à l'hôtel du Golf où est installé Alassane Ouattara et son gouvernement. L'échec de ses partisans semble montrer que Laurent Gbagbo contrôle fermement l'appareil militaire.
Un homme qui aime envoyer les hommes à la guerre ....
Le président du Front national Jean-Marie Le Pen a jugé lundi qu'"en lançant un ultimatum" à Laurent Gbagbo, Nicolas Sarkozy a commis "une faute politique" qui "met en péril" les militaires et les ressortissants français en Côte-d'Ivoire.
"En lançant un ultimatum au Président Gbagbo, Monsieur Sarkozy a fait une faute politique qui, au vu des affrontements prévisibles entre partisans ivoiriens, met en péril le contingent militaire français, la communauté des 12. 000 ressortissants français et plus généralement nos intérêts nationaux", a déclaré M. Le Pen dans un communiqué.
"On ne donne pas de leçon de démocratie quand on a bafoué cyniquement la volonté du peuple français exprimée dans le référendum sur l'Europe", a-t-il dénoncé.
Wikileaks: en 2006, lors d'un passage à Paris du ministre de la justice du président Bush ( Alberto Gonzales ), N.Sarkozy pas encore Président de la République sous-entend qu'une fois élu, il pourrait envoyer l'armée française en Irak. "Sarkozy a déclaré que la France et la communauté internationale allaient devoir aider les Etats-Unis à résoudre la situation en Irak. Peut-être en remplaçant l'armée américaine par une force internationale", écrit l'ambassadeur.
Ultimatum de Gbabo à Sarkozy
La tension est de nouveau montée d'un cran, samedi 18 décembre, le président sortant Laurent Gbagbo exigeant dans un communiqué le départ de la mission de l'ONU dans le pays, l'Onuci, et de la force militaire française Licorne, selon un communiqué lu à la télévision d'Etat.
"Le président de la République de Côte d'Ivoire vient de demander le départ immédiat du territoire ivoirien de l'Onuci et des forces françaises qui la soutiennent, indique ce texte lu par la porte-parole du gouvernement Gbagbo, Jacqueline Lohouès Oble. Cela implique que le gouvernement ivoirien s'oppose d'ores et déjà au renouvellement de cette opération qui expire [lundi] 20 décembre 2010."
Selon ce communiqué, "le gouvernement ivoirien considère que l'Onuci a largement failli à sa mission en posant des actes qui ne sont pas conformes à son mandat [d'impartialité]". Le texte accuse les troupes étrangères d'avoir soutenu les forces nouvelles, alliées au rival de M. Gbagbo, Alassane Ouattara.
Le ministre de la Jeunesse,Charles Blé Goudé: "Il faut que Nicolas Sarkozy ouvre les yeux. La Côte-d’Ivoire n’est pas une sous-préfecture de la France et le président ivoirien n’est pas un sous-préfet", a prévenu Charles Blé Goudé, sur Europe 1, lundi matin. "Il n'a aucun ordre à donner à la Côte d'Ivoire...."
L'opération onusienne compte 10 000 casques bleus et la force Licorne de l'ex-puissance coloniale française environ 900 hommes. Laurent Gbagbo revendique la victoire au scrutin présidentiel du 28 novembre, que la communauté internationale a attribuée à Alassane Ouattara. L'ONU, la Cédéao l'Union européenne et plusieurs gouvernements étrangers ont multiplié ces derniers jours les appels en direction du président sortant pour qu'il reconnaisse la victoire d'Ouattara.
L'Onu et la Licorne
Le Conseil de sécurité de l'ONU a décidé, lundi 20 décembre, de prolonger de six mois le mandat de la force de maintien de la paix en Côte d'Ivoire, qui arrivait à expiration le 31 décembre.
Depuis la proclamation contestée de la victoire de Laurent Gbagbo par le Conseil constitutionnel, ce sont les Forces de défense et de sécurité, le bras armé du camp Gbagbo, et les miliciens commandés par des supporteurs du président sortant qui contrôlent la capitale. Les forces de l'ONU se contentent d'assurer la protection d'Alassane Ouattara, le vainqueur de l'élection reconnu par l'ensemble de la communauté internationale.
Le chef de l'opération de l'ONU ne s'en est d'ailleurs pas caché, lundi 20 décembre, en dressant la longue liste des harcèlement subis par ses forces : barrages "sur la route donnant accès à l'hôtel Golf", QG du camp d'Alassane Ouattara ; attaque d'une patrouille dans la nuit de vendredi à samedi ; envoi "de jeunes gens armés aux domiciles des personnels des Nations unies pour frapper à leur porte et demander la date de leur départ ou entrer pour y effectuer des fouilles sous prétexte de chercher des armes".
"Le problème, c'est que les casques bleus de l'Onuci ne sont pas très aguerris", explique Christian Bouquet, géographe et ancien conseiller chargé de la coopération à l'ambassade de France en Côte d'Ivoire. "De toute façon, il est difficile de contrôler une ville de plusieurs millions d'habitants telle qu'Abidjan avec 10 000 hommes", ajoute Rinaldo Depagne, spécialiste de la Côte d'Ivoire à l'International Crisis Group.
Si les forces françaises sont mieux équipées et plus expérimentées, une intervention de leur part risquerait de renforcer Laurent Gbagbo dans sa rhétorique anti-française. L'opération Licorne est par ailleurs soumise au mandat de l'ONU et Paris exclut jusqu'ici toute intervention militaire. "C'est à la force internationale d'agir" le cas échéant, a expliqué dimanche la ministre des affaires étrangères, Michèle Alliot-Marie. "Ce n'est pas aux soldats français de s'interposer et ils ne le feront pas", a-t-elle insisté, cantonnant l'usage de la force aux cas de légitime défense.
Face à eux, des soldats étrangers auront, de toute façon, à faire face à une armée ivoirienne qui reste soudée malgré les intenses pressions internationales de ces derniers jours. Laurent Gbagbo peut compter sur la fidélité de ses généraux — "issus du même groupe ethno-régional", rappelle Christian Bouquet — et peut s'appuyer sur les fonds récoltés grâce au commerce du cacao et du pétrole au cours de ses dix ans au pouvoir pour continuer à verser les salaires des militaires.
Dans ces conditions, une opération de l'Onuci pour forcer la main à Laurent Gbagbo et installer Alassane Ouattara semble improbable. "Sauf si la situation sur place évolue selon un scénario à la rwandaise, avance toutefois Christian Bouquet. Pourrait-on imaginer la communauté internationale assister à nouveau à des massacres sans réagir ?"
From : le Monde , le Jdd , le Parisien ,...