Publicité

Le monde des paradis fiscaux a désormais un visage. Et même plusieurs. Une vaste enquête journalistique menée à travers le globe a rendu publique ce jeudi 4 avril le nom de personnalités liées à des sociétés offshore implantées dans des paradis fiscaux.
 
Qui sont-ils ? Des financiers de Wall Street, des villageois grec, des diamantaires anversois, des fils de milliardaires... La liste est longue de ces fortunés ayant succombé à la tentation d'aller soumettre leurs fortunes aux régimes fiscaux avantageux des paradis fiscaux.
 
En France, parmi les 130 noms épinglés dans ce scandale fiscal exceptionnel, figure celui du trésorier de la campagne présidentielle de François Hollande : Jean-Jacques Augier. Accusé par les médias d'avoir été actionnaire de deux sociétés offshore dans les îles Caïmans, ce dernier assure n'en avoir tiré "aucun avantage fiscal". Mais son nom n'est pas le seul à faire les gros titres de la presse.
 
Des politiques de premier plan épinglés en Mongolie, Russie, Azerbaïdjan...
Ceux de plusieurs hommes politiques figurent dans les listing recueillis par l'ICIJ. D'après "The Guardian", Bayartsogt Sangajav, l'ancien ministre des Finances de Mongolie et actuel parlementaire, possède un compte en Suisse. Et détient des parts de Legend Plus Capital Limited, une société offshore chinoise.
 
Le premier ministre Géorgien Bidzina Ivanichvili est lui aussi impliqué, en tant qu'actionnaire de la société Bosherston Overseas Corp, sise dans les îles Vierges britanniques.
 
Des proches du président russe Vladimir Poutine sont également impliqués. Olga Shuvalova, la femme du vice-premier ministre possède une holding dans les îles Vierges britanniques.
 
En Azerbaïdjan, c'est le clan du président Ilham Aliyev qui est visé par le consortium de journalistes. Lui et sa famille possèdent quatre holding dans les îles Vierges britanniques, gérées par Hassan Gozal, un de leur proche.
 
.
Maria Imelda Marcos Manotoc, la fille de l'ancien président philippin Ferdinand Marcos et actuelle gouverneure d'une province, est elle aussi citée. Elle détient des parts de la compagnie Sintrat Trust. Une société située dans les mêmes îles et dont elle est la conseillère financière.
 
Mais aussi des collectionneuses d'art et des escrocs 
Dans la liste des noms dressée... par l'ICIJ, on trouve également la célèbre collectionneuse d'art l'espagnole Carmen Thyssen-Bornemisza. Celle-ci détient actuellement une compagnie domiciliée dans les îles Cook. La veuve du milliardaire Hans Heinrich von Thyssen-Bornemisza s'en est servie pour acheter lors de ventes aux enchères des œuvres telles que "Le moulin à eau à Gennep", de Van Gogh.
On retrouve aussi Denise Rich, la femme du magnat du pétrole Marc Rich. Devenue autrichienne, celle qui collecte des fonds pour le Parti démocrate a placé en 2006 près de 140 millions de dollars dans une société des îles Cook.
 
Des escrocs de Wall Street complètent enfin le tableau. D'après Le Soir, Paul Bilzerian, un entrepreneur reconnu coupable de fraude fiscale en 1989 et Raj Rajaratnam, un milliardaire gestionnaire de fonds emprisonné en 2011 sont tous deux des clients de Portcullis TrustNet, une société offshore basée à Singapour.
 
On y trouve des dictateurs déchus et des marchands d’armes véreux ; mais aussi des politiciens et des dentistes, des agriculteurs et des chefs d’entreprises, ou de simples villageois grecs ! Les uns disposent de dizaines de millions, d’autres, de quelques dizaines de milliers de dollars d’économie, qu’ils veulent cacher au fisc, à la justice, ou à leur ex-femme.
Tandis que les premières révélations sont sorties ce matin en France et en Grande Bretagne, cette enquête sans précédent fait pour l’instant très peu de bruit outre Atlantique. Pas une ligne dans le Washington Post, pourtant associé à l’enquête. Rien dans le "New York Times". Pas un mot sur CNN. Trop tôt ?
Dans le Huffington Post, l’un des rares média à avoir consacré un grand article au sujet, la photo d’illustration du papier est celle de… Mitt Romney. On a beaucoup reproché le recours aux paradis fiscaux au candidat républicain, durant ses années à la tête du fond d’investissement Bain, sans que sa responsabilité ait jamais été clairement établie.

130 Français épinglés
Les révélations éclaboussent la Russie, l’Azerbaïdjan, les Philippines, le Kazakhstan, Chypre, la Thaïlande, le Zimbabwe, la dictature birmane mais aussi, plus prosaïquement, les plus fortunés d’Amérique du Nord et d’Europe de l’Ouest, assure "Le Soir".  Mais aussi des dentistes américains ou encore des villageois grecs qui échappent ainsi aux services fiscaux de leurs pays respectifs.
La France, déjà traumatisée par l'affaire Cahuzac, n'est pas épargnée : il y aurait, selon "Le Monde", 130 Français impliqués dans le scandale. Parmi eux, figure l'homme d'affaires français, Jean-Jacques Augier, l'un des trésoriers de la campagne de François Hollande. Celui-ci a confirmé au "Monde" être actionnaire de deux sociétés offshore dans les îles Caïmans, par le biais de son holding financier Eurane.
Les sociétés impliqués seraient principalement établies dans les îles Vierges britanniques, aux Caïmans, aux îles Cook, aux Samoa, à Singapour. Les experts cités par "The Guardian" estiment que l'argent placé dans ces paradis fiscaux et qui échappe donc de cette façon au fisc est l'équivalent du Produit intérieur brut (PIB) des Etats-Unis et du Japon réunis !
 
 
BNP Paribas et le Crédit Agricole, pros de l'évasion fiscale
Après les détenteurs de comptes offshores, c'est au tour des banques. Grâce aux documents transmis par l’ICIJ, un consortium international de journalistes d’investigation, "Le Monde" et le Huffington Post révèlent aujourd’hui comment la BNP Paribas et le Crédit Agricole ont aidé, entre la fin des années 90 et durant les années 2000, certains de leurs clients à placer de l’argent dans des paradis fiscaux. Offrant à voir les rouages infiniment complexes de l’évasion fiscale.
Dans les fichiers "OffshoreLeaks" révélés par Le Monde daté du 5 avril, il apparaît que deux banques françaises majeures, BNP Paribas et le Crédit agricole, ont supervisé la création de très nombreuses sociétés offshore pour des clients recherchant la confidentialité et une fiscalité plus faible, dans les îles Vierges britanniques, dans les îles Samoa ou à Singapour, à la fin des années 1990 et tout au long des années 2000. C'est ce que dévoile le Consortium international de journalistes d'investigation (ICIJ) qui travaille sur ce dossier depuis plus d'un an et dont les données s'arrêtent au début de l'année 2010.
 
D'après "Le Monde", les deux banques françaises "ont supervisé la création de très nombreuses sociétés offshore pour des clients recherchant la confidentialité et une fiscalité plus faible, dans les îles Vierges britanniques, dans les îles Samoa ou à Singapour, à la fin des années 1990 et tout au long des années 2000".
Selon ces documents secrets, BNP Paribas opère par l'intermédiaire de ses filiales à Singapour et à Hongkong, alors que le Crédit agricole s'appuie sur sa filiale suisse, dont le siège est à Genève. Dans les deux cas, les sociétés ont été constituées depuis les filiales asiatiques. Et avec l'aide d'un prestataire spécialisé sur l'offshore et la création de sociétés clés en main (ces fameuses quick companies, créées en moins de 48 heures), Portcullis TrustNet, pour de riches clients se déclarant domiciliés en Asie, dissimulés derrière des prête-noms.
La constitution de telles sociétés de droit anglo-saxon n'est pas illégale en soi, tant qu'elle n'est pas proposée à des clients de pays où ces sociétés sont interdites (comme la France, où la loi exige de connaître le bénéficiaire d'une société et interdit le trust).
 
En résumé : afin d’aider leurs clients désireux de payer moins d’impôts, les banques font appel à leur filiales étrangères. Celles-ci créent alors des sociétés offshores pour le compte des clients concernés. Très opaques, ces dernières leur garantissent une confidentialité quasi impénétrable en recourant à des prête-noms. Ce sont ces noms, pour le moins fictifs, que l’on retrouve dans les documents officiels des sociétés offshore. "Ils figurent sur plusieurs milliers de sociétés à la fois", rapporte la vidéo.
 
Un montage financier sur commande
Le Huffington Post a quant à lui mis la main sur un document interne de BNP Paribas Wealth Management destiné aux conseillers clientèle. Datant de 2009, le document constitue "une sorte de guide de la création de la société offshore à partir des filiales suisses". D'après le Huffpost, le document présente la marche à suivre pour répondre à un investisseur voulant détenir une société tout en restant anonyme.
"Il lui est conseillé, accrochez-vous, de créer une société offshore dans les îles Vierges britanniques (BVI), qui investirait ensuite dans une compagnie maltaise, elle-même à la tête de 30% d'une holding de droit néerlandais, qui investirait à son tour dans un autre holding chypriote", énumère le Huffington Post. A la fin, la holding chypriote détiendrait l'ensemble de la société de l’investisseur d’origine…
D’après "Le Monde", qui a pu consulter les fichiers recueillis et analysés par l’ICIJ, la BNP Paribas a encadré 56 montages de sociétés offshore à partir de ses filiales asiatiques (Singapour, Hongkong, Taïwan) à Jersey, aux îles Vierges britanniques. Quant au Credit Agricole, sa filiale suisse a facilité jusqu’à la fin des années 2000 la création de 36 sociétés offshore via ses implantations à Hongkong et Singapour.
 
La BNP Paribas se défend
En réponse à l'information du "Monde", la BNP Paribas a précisé au "Nouvel Observateur" qu'elle "exerce son activité dans le strict respect des lois et règlements en vigueur en France, en Europe et dans le monde." Elle précise que "les documents et exemples sur la base desquels "Le Monde" a établi son enquête sont anciens.
Pour s'adapter à des "attentes de la société [qui] ont évolué ces dernières années", la banque assure qu'elle a "revu et durci ses procédures, et s'impose aujourd'hui des obligations qui vont bien au delà des exigences légales, par exemple en refusant d'ouvrir des comptes à des structures immatriculées dans certains pays lorsque leur propriétaire est européen."
 
From : le monde , le nouvelobs,....
 
 
 
 
 
 
Publicité
Tag(s) : #Politique Intérieure - Extérieure
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :