Hausse du chômage : les plans sociaux n'expliquent pas tout
Les plans de sauvegarde de l'emploi (PSE) ne sont pas à l'origine du niveau élevé du chômage français. Les fins de contrats à durée déterminée (CDD) représentent plus de 25% des inscriptions à Pôle emploi.
La Redoute, Alcatel-Lucent, les abattoirs Gad: l'année 2013 a été marquée par une longue litanie de plans sociaux. Entre janvier et septembre, 736 plans de sauvegarde de l'emploi (PSE), le terme officiel désignant un plan social, ont été mis en place. C'est 16% de plus que lors des neufs premiers mois de 2012. Très médiatiques, ces restructurations sont devenues le symbole de la désindustrialisation du pays et de la crise de l'emploi. Et pourtant, les PSE, qui se déclenchent dès qu'une entreprise licencie dix salariés ou plus, ne sont pas à l'origine du niveau élevé du chômage français. Aussi étonnant que cela puisse paraître, les victimes de ces plans pointent rarement à Pôle emploi, ou, du moins, pas dans la catégorie la plus analysée, la «A», celle des chômeurs n'exerçant aucune activité.
Certains anciens salariés partent tout simplement en retraite. D'autres sont reclassés dans des filiales ou entités des groupes. Les autres cas sont plus subtils et tiennent davantage de traitements statistiques. Dans les entreprises de plus de 1000 salariés, les victimes de PSE peuvent être prises en charge par des cellules de reclassement. Résultat, elles ne sont pas inscrites à Pôle emploi tant que ces cellules sont en place (soit le plus souvent pendant un an). Dans les sociétés de moins de 1000 salariés, les licenciés économiques bénéficient, eux, du contrat de sécurisation professionnelle (CSP) pendant un an. Ils perçoivent alors une allocation élevée et ont droit à un accompagnement renforcé par les conseillers de Pôle emploi. Statistiquement, les personnes en CSP sont inscrites en «D», une catégorie qui échappe aux radars des hommes politiques.
Toutefois, il serait faux de penser que ce classement administratif servirait à maquiller le chômage. En septembre, quelque 108.000 chômeurs étaient en CSP. C'est 20% de plus qu'un an auparavant, ce qui traduit bien la dégradation de la situation économique. Mais c'est très peu comparé aux 3,2 millions demandeurs d'emploi en catégorie A.
La crise économique a encore renforcé cette précarisation, avec plus de 80 % des embauches s'effectuant actuellement en CDD
Plus généralement, la France ne souffre pas de licenciements économiques massifs. Ces derniers, qu'ils soient individuels ou réalisés dans le cadre de PSE, ne représentaient en novembre que 2,7% des entrées à Pôle emploi! Les fins de contrats à durée déterminée (CDD) étaient, elles, à l'origine de plus de 25% des inscriptions au chômage, tandis que les fins de mission d'intérim représentaient 5,6% d'entre elles. Les chômeurs, ce sont d'abord des personnes dont les contrats courts sont arrivés à échéance. Le marché du travail français est bel et bien dual, avec d'un côté des salariés en contrats à durée indéterminée (CDI), plutôt protégés et qui en cas de plan bénéficient malgré tout de dispositifs de reclassement, et l'armée des précaires. La crise économique a encore renforcé cette précarisation, avec plus de 80% des embauches s'effectuant actuellement en CDD.
Autre élément montrant la faible importance des licenciements économiques: ils ne représentaient plus que 6% des ruptures de CDI en 2012, contre 57% pour les démissions et 21% pour les licenciements pour motifs personnels. Surtout, leur poids a été divisé par deux depuis 2009. Symétriquement, les ruptures conventionnelles, créées au début du quinquennat de Nicolas Sarkozy, et qui permettent au salarié et à l'employeur de se mettre d'accord sur les conditions du départ, ont rencontré un succès grandissant: elles correspondent désormais à 16% des ruptures de CDI, contre 11% en 2009. Une preuve supplémentaire que les Français ont changé de pratiques.
Pourquoi 2013 restera une année perdue pour l'économie française malgré la reprise mondiale
Réformes insignifiantes, indécision au sommet de l'Etat, refus de voir la réalité en face... Alors que le train de la reprise est reparti pour l'économie mondiale, la France, elle, est restée à quai.
Les dégâts provoqués par la récession entre 2008 et 2012 ont pu être effacés, mais rien n’indique que le pays reprendra l’indispensable marche en avant- ne fût-ce que pour faire face à l’accroissement de sa population. L’appel d’air extérieur paraît sans effet. L’anxiété est la règle car la visibilité est nulle pour l’avenir. Et le dernier record battu, dérisoire, est celui des inscriptions aux Restos du cœur qui ont franchi la barre du million, comme si la paupérisation était en marche.
Au sommet de l’Etat, c’est toujours l’indécision qui prévaut. Avec un souci de bouger les lignes le moins possible pour éviter tout ce qui pourrait susciter des mouvements dans l’opinion qu’on tente de chloroformer par des déclarations optimistes auxquelles personne ne croit plus, tant les agissements du pouvoir obéissent à des mobiles contradictoires. François Hollande plaide pour l’égalité et la concurrence, mais continue de choyer certains lobbies comme on vient de le voir à propos des opticiens ou des taxis. Il exalte la recherche et la création, mais il vilipende ceux qui vont de l’avant et secouent les rigidités ambiantes comme Xavier Niel.
Le crédit d’impôt compétitivité emploi n’échappe pas à la critique : il traduit une vision passéiste du capitalisme puisqu’il aboutit à subventionner des industries appelées à décliner dans le contexte international, à maintenir des emplois condamnés, alors que l’argent fait cruellement défaut pour développer les vrais secteurs de demain. Le terme d'emploi d’avenir est un contresens puisqu’il vise des métiers au bas de l’échelle, alors que tous les efforts devraient être orientés vers les activités de demain.
Et les réformes sont insignifiantes sur tous les plans : en matière de retraite, on refuse de voir les réalités en face qui justifieraient de retarder l’âge de la fin du travail. En matière de formation professionnelle, on laisse la gestion des milliards d’euros récoltés aux partenaires sociaux qui visent avant tout à protéger l’argent qui fait vivre les syndicats.
Et l’on refuse de revenir sur les droits acquis, véritable dogme, comme si ceux-ci étaient intangibles pour l’éternité, alors qu’ils ne pourront se moquer indéfiniment de la conjoncture. Le plus grand scandale est de voir l’Etat indigent continuer de faire la sourde oreille pour amorcer enfin le reflux de la dépense publique que tous les grands pays ont résolu avant nous. Refusant de tailler dans le vif, malgré les injonctions dont il fait l’objet, il continue allègrement de ponctionner le secteur privé en procédant à une sorte d’étatisation rampante pour maintenir un système social qui prend l'eau de toutes parts, car on continue de boucher les trous au coup par coup plutôt que d’investir sur le long terme.
Il est vrai que les marges des entreprises sont tombées à leur plus bas niveau depuis 1985 et que le taux de la valeur ajoutée en France est le plus bas de la zone euro, ce qui a déjà provoqué des cris d’alarme de Bruxelles. Il serait impératif de réduire les charges du secteur marchand, alors que les cotisations sociales vont connaître une nouvelle hausse au 1er janvier pour financer les retraites. Pour diminuer le coût du travail et améliorer la compétitivité défaillante, il faudrait pouvoir briser la rigidité des salaires et éviter que ceux-ci continuent d’augmenter sans tenir compte de la capacité des entreprises.
Le pouvoir reste enfermé dans son discours sur l'inversion de la courbe du chômage, malgré le cinglant démenti que viennent de lui infliger les chiffres de novembre, au lieu de se préoccuper de la croissance qui seule éviterait le recours à des emplois artificiels. Car, ce qui nous guette c’est une stagnation solitaire dans un monde qui bouge, où la principale richesse de la France résidera bientôt…dans ses musées
Le grand déni : quand l'obsession française pour les chiffres du chômage cache la défaite intellectuelle du renoncement au plein emploi
Contrairement aux prévisions optimistes, les chiffres du chômage ont continué d'augmenter au mois de novembre avec 17 800 demandeurs d'emploi en plus, soit une hausse de 0,5%. Un fait qui s'inscrit dans une longue suite d'échecs français en matière de politique de l'emploi.
Atlantico : Alors que les chiffres de l'emploi pour le mois de novembre 2013 viennent d'être publiés, la fameuse promesse d'inverser la courbe du chômage voit sa crédibilité se réduire comme peau de chagrin. Un fait que l'on peut déplorer mais qui révèle des enjeux qui dépassent largement la simple sphère médiatique et politique. Peut-on tout d'abord commencer par définir quelles seront les perspectives de l'emploi pour 2014 ?
Nicolas Goetzmann : Cette question mérite que l’on s’attarde un peu sur le déni du Gouvernement et du Président sur la réalité. Lorsque François Hollande s’empresse de réagir à la publication des chiffres de novembre, à savoir de la hausse de 0.5 % du chômage, en déclarant "l'inversion de la courbe du chômage est bel et bien engagée" ; il y a une rupture. Cette promesse politique avait été soigneusement pensée et répétée à de nombreuses reprises justement parce que le Président y croyait fermement. C’est-à-dire que l’action politique qui a été engagée devait permettre cette inversion de la courbe du chômage. Cette certitude reposait sur le diagnostic économique du parti socialiste qui lui-même reposait sur la croyance du caractère cyclique de cette crise. C’est cette faillite absolue du diagnostic du PS qui éclate au grand jour, de façon publique, et malgré tout le président persiste.
Le pouvoir se détourne de cette réalité et ne se raccroche plus qu’aux branches de la communication pour tenter de sauver la face. Le contexte exigerait une reprise en main, il ne s’agit même pas d’une demande de mea culpa, mais simplement d'une prise de conscience. Mais celle-ci semble trop douloureuse à porter pour pouvoir s’en emparer.
Malheureusement pour 2014 et en persistant avec ce même diagnostic cyclique, le président ira d’échecs en échecs, il n’y a aucune raison que le patient France guérisse dans de telles circonstances. De son côté Michel Sapin s’est presque félicité, en trouvant la statistique qui lui plaisait le plus, de rappeler que le chômage baissait depuis 3 mois sur un rythme de 1 350 chômeurs par mois. A ce rythme il faudra 203 ans pour résorber le chômage, et malgré cela, le ministre semble satisfait. Ce type de déclaration ne mérite même plus d’être commenté.
François Hollande peut-il finalement dire, comme François Mitterrand en son temps, qu'il a "déjà tout essayé contre le chômage" ?
Nicolas Goetzmann : Évidemment non. Mais la phrase de François Mitterrand est symptomatique du renoncement dont je parlais, et c’est ce qui est de plus grave. François Hollande a commis une effroyable erreur de diagnostic de cette crise en ne cherchant pas la cause de celle-ci. Il s’est contenté de traiter les conséquences, c’est-à-dire en essayant de trouver une solution pour les chômeurs. Il écope le navire mais ne répare pas la faille béante dans celui-ci. La situation est pathétique, insoutenable.
Cette plaie béante, c’est la dramatique contraction de la demande intérieure en France et en Europe, et qui est provoquée par un mandat inadapté de la Banque centrale européenne. Les Etats-Unis, le Japon, le Royaume-Uni ont tous diagnostiqué ce problème et y ont remédié. Les résultats sont sans appel, 7 % de chômage aux Etats-Unis, 7.4 % au Royaume-Uni, et 4 % au Japon, et ne parlons même pas des derniers chiffres de la croissance aux Etats-Unis (4.1 % au dernier trimestre), ce serait indécent.
La réalité est que rien de sérieux n’a été mis en œuvre pour lutter contre le chômage. Il est vraiment trop tôt pour baisser la tête lorsqu’on n’a rien tenté. La première chose à faire serait de modifier le diagnostic, mais pour cela, il faudrait que le Président parvienne à une conclusion : il s’est trompé. Aujourd’hui il a le choix de persister dans son erreur, ou d’assumer le restant de son mandat en montrant qu’il est capable d’évoluer, et de désavouer son ancienne approche. Malheureusement le communiqué de l’Elysée ne plaide pas en ce sens.
En termes de lutte contre le sous-emploi, peut-on déjà commencer à faire un bilan de cette année 2013 ?
Nicolas Goetzmann : Pour 2013, le Président est comptable d’une hausse de 5.6 % du chômage, soit 176 000 chômeurs de plus sur la seule catégorie A. A titre de contre-exemple, le chômage aux Etats Unis a baissé de 30 % en 3 ans, simplement pour rappeler qu’il existe des politiques efficaces, que le politique peut agir et que le chômage n’est pas une fatalité.
Mais les politiques mises en œuvre en France ne sont que des politiques défensives contre un mal qui est effectivement envisagé sous l’angle de la fatalité. Les emplois aidés, la réduction du temps de travail, toutes ces mesures ne sont qu’une réaction contre l’abandon d’une politique totalement oubliée : la poursuite du plein emploi. Et pourtant, économiquement, rien ne saurait justifier un tel abandon. Rien que sur le champ sémantique, le gouvernement a déjà perdu la bataille en annonçant vouloir "lutter contre le chômage" plutôt que de poursuivre une politique de plein emploi. Le défensif s’est substitué à l’offensif, et les réformes ne sont pas du tout les mêmes dans les deux cas. Avec ce choix de mots, la France renonce au plein emploi, et c’est bien cela qui est le plus insupportable. Le résultat est une politique de boutiquier.
Aucun secteur marchand ne recrute dans le pays, seules les collectivités publiques et les associations y parviennent, c’est-à-dire que les emplois aidés sont la seule ressource du gouvernement en matière de chômage. Je le répète, la seule solution proposée au pays pour tenter de résorber le chômage est l’emploi aidé, ce qui est de fait la totale négation de ce que peut le pouvoir politique en matière de politique économique.
Christophe De Voogd : Je commencerais par dire que la communication "optimiste" du gouvernement depuis le début de la semaine échoue sur la réalités des chiffres, malgré tous les efforts de présentation alambiquée des résultats de novembre. Il serait peut- être temps d'arrêter les effets de rhétorique et de "com" : la "baisse tendancielle de la dégradation", "l'amorce progressive de l'amélioration" et autres "c'est moins pire que si c'était plus grave" ne sont plus de saison.
Seule est vérifiée l'aggravation du chômage en France d'environ 6 % sur un an, +12 % depuis 18 mois. Et ce, peu ou prou, pour toutes les catégories statistiques, à un rythme nettement plus fort que dans la période précédente (+30 % en moyenne mensuelle). Ce qui suffit à dissiper le leitmotiv de "l'héritage", même si les problèmes structurels de l'économie française existaient déjà, évidemment. L'actuel gouvernement n'a fait que les aggraver. Ce qui n'exclut pas, comme je l'ai dit antérieurement, une "inversion de la courbe du chômage"... de temps à autre... qui sait ? Le mois prochain peut-être...
Mais dans un pays où les destructions nettes d'emplois continuent (là encore, depuis 18 mois), la baisse du chômage ne peut être qu'un artifice administratif. Le vrai enjeu est celui de la compétitivité de l'économie. Point barre.
La politique des emplois et des contrats aidés a été au centre de la stratégie Hollande contre le chômage. Ne peut-on pas dire paradoxalement que ses effets ont été contre-productifs ?
Christophe De Voogd : N’oublions pas tout d'abord que ces contrats ne sont pas une exclusivité de la gauche : il y en a eu jusque 40 .000 sous Nicolas Sarkozy. A quoi s’ajoutent désormais emplois d’avenir et contrats de génération : 100 000 à ce jour.
Les estimations du coût varient car il dépend du nombre, du type de contrats signés et de la nature de l’employeur ; en effet les règles diffèrent entre secteur non marchand et marchand ! Pour les emplois d’avenir le coût moyen est d’environ 11 000 euros par an, d’après l’Institut de l’entreprise. Le consensus est qu’à plein régime, le dispositif coûtera en 2014 dans les 3,3 milliards d’euros ; et il s’agit là de dépenses annuelles, donc récurrentes.
Quant au coût unitaire par emploi aidé, il est certes bien inférieur au coût du même emploi, s’il s’agissait d’un emploi public "normal", d’autant qu’il s’agit de temps partiels. Mais c’est l’expression "emplois créés" qui pose problème : il faudrait enfin comprendre en France que l’État ne crée, économiquement parlant, aucun emploi ! il crée des impôts - ou de la dette - qui lui permettent de financer des emplois. Seules les entreprises créent de l’emploi à partir de la production de richesses marchandes. Fait économique élémentaire mais qui reste largement ignoré dans notre pays, à gauche et même à droite ; et même chez certains économistes….
La réponse découle logiquement de ce qui précède : ce qu’il faut apprécier, c’est le coût non pas pour l’État, mais pour l’économie, de ces dispositifs : autant de charges supplémentaires sur les contribuables actuels ou futurs, d’autant que ces emplois sont essentiellement non-marchands ; donc autant de freins supplémentaires à notre compétitivité déjà si mal en point. Pour les bénéficiaires de ces emplois, ils peuvent y trouver une bouffée d’oxygène bien nécessaire mais gare à l’illusion : ces CDD ne conduisent que très rarement à un emploi marchand. L’expérience des années Jospin, toujours rappelée, est un leurre car les débouchés obtenus l’ont été dans le secteur public et parapublic. Pérennisation de l’emploi qui signifie en fait pérennisation des charges pour la société. Nous n’en avons plus les moyens. Certains, comme Bertrand Martinot dans son récent ouvrage "Chômage : inverser la courbe" vont même jusqu’à dire que ces emplois aidés pourraient être contreproductifs pour les intéressés en entretenant l’illusion de leur employabilité. La vraie réponse au chômage des non qualifiés est d’abord la formation professionnelle : à quand l’ouverture du chantier ?
From : Figaro ( Cécile Crouze ) , Atlantico ,.....