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La maire de Lille figure en bonne position pour succéder à Jean-Marc Ayrault. Seul hic : ses relations tendues avec le président de la République.

Dans la tourmente du ras-le-bol fiscal, des sondages catastrophiques et des divisions dans sa majorité, François Hollande déjeunait ce mardi avec Martine Aubry, sa meilleure ennemie du PS. Un événement, puisque, depuis son arrivée au pouvoir, ils ne se seraient vus qu'à trois reprises. Alors que, selon un sondage Opinionway, 67 % des Français souhaitent un changement d'exécutif - ainsi que certains élus PS comme Malek Boutih -, la maire de Lille pourrait prétendre à remplacer Jean-Marc Ayrault.


Ce poste, elle le brigue depuis longtemps. Dès mai 2012, Martine Aubry refusait déjà tout autre ministère que Matignon. D'ailleurs, elle arrive en deuxième position dans la liste des premiers ministrables envisagés par les Français, première à égalité avec le ministre de l'Intérieur chez les sympathisants socialistes. Récemment, elle est sortie du silence médiatique qu'elle s'était imposé pendant un an en publiant une tribune dans Le Monde, en s'affichant au congrès de La Rochelle ou en prenant en main le dossier de La Redoute.


Malgré tout, l'hypothèse de la voir prendre la tête du gouvernement n'est pas si évidente, car elle entretient depuis des années une féroce inimitié avec François Hollande. Et on imagine mal le président courir derrière une "semi-cohabitation". Retour sur les raisons de cette hostilité réciproque.


1) Une haine fratricide
La théorie de la querelle d'héritage entre la fille naturelle de Jacques Delors et son fils spirituel est séduisante. Issus de la même génération, de la même formation à l'ENA, les deux ténors du PS partagent la même ligne politique sociale-démocrate ouverte sur l'Europe. Et se sont rencontrés dans les années 90 aux clubs Témoin, qui regroupent les amis de Jacques Delors. "Il a été proche de mon père quand celui-ci était candidat à la présidentielle. Ça s'est arrêté là", constatait avec amertume Martine Aubry dans les colonnes du Monde avant la primaire socialiste.


Dans Tous les coups sont permis*, les journalistes Renaud Dély et Henri Vernet expliquent qu'Aubry en voulait à Hollande d'avoir conquis involontairement "une place d'autant plus importante" auprès de son père "qu'elle comblait l'absence de Jean-Paul Delors", son frère, foudroyé à l'âge de 29 ans par une leucémie alors qu'il était journaliste à Libération.


Autre père, même jalousie. Entre 1997 et 2000, lorsque Lionel Jospin devient Premier ministre, il fait de Martine Aubry sa numéro 2 en la nommant ministre de l'Emploi et de la Solidarité. Mais il entretient également une relation privilégiée avec le secrétaire du Parti socialiste, François Hollande, régulièrement associé aux décisions importantes. S'il n'est pas encore considéré comme l'égal de sa rivale, les deux éléphants restent sur la défensive.


2) Deux approches différentes de la politique

Les deux ténors du PS partagent de nombreux points communs idéologiques, mais une différence de taille les oppose : leur approche de la politique. François Hollande, qui a été premier secrétaire du PS pendant plus de dix ans, est un homme d'appareil qui a toujours voulu être président. Il a réussi à s'imposer auprès des électeurs des terres chiraquiennes. Il est connu pour son art du compromis et ses stratégies politiciennes. En tant que président, il est d'ailleurs régulièrement pointé du doigt pour son manque d'autorité.

Martine Aubry, qui n'a jamais rêvé d'être présidente, est avant tout une technicienne des politiques publiques qui a été politisée. Elle a "hérité" la mairie de Lille de Pierre Mauroy et s'est fait battre aux législatives. Et elle est connue pour son caractère autoritaire.


François Hollande se considère comme un généraliste de la politique. En tant que rédactrice des lois Auroux, qui régissent les relations dans le monde du travail, en tant qu'ancienne ministre du Travail, puis de l'Emploi et de la Solidarité, Aubry est plus une spécialiste des politiques sociales. Il adore les journalistes, elle ne supporte pas le "cirque médiatique". Elle se passionne pour la culture, lui s'en désintéresse.

3) Les coups bas

Lors des législatives de 2002, Martine Aubry lorgnait sur la deuxième circonscription du Nord, qui couvre une partie de la ville de Lille, et qui lui a été refusée par la direction du PS. Elle échoue face à l'UMP Sébastien Huyghe. En 2007, lorsqu'elle redemande la circonscription, la direction du PS, avec Hollande à sa tête, s'y oppose. Privée de son mandat de député, elle en tiendra rigueur au président.


Puis, après sa confortable réélection en mars 2008 à la mairie de Lille, la dame des 35 heures remporte le congrès socialiste de Reims et devient la patronne du parti, succédant à François Hollande, qui lui laisse sa place après 11 ans d'exercice. Martine Aubry ne se prive pas de faire savoir que "François a laissé le parti dans un sale état". Elle va même jusqu'à faire repeindre tous les murs et déplore d'avoir dû déboucher elle-même les toilettes. Elle l'avait déjà critiqué pour avoir laissé naître des divisions au PS, comme lorsque Laurent Fabius a fait campagne pour le "non" lors du référendum sur la Constitution européenne.


4) Les insultes

Pour finir, les pires sobriquets de François Hollande, d'ailleurs largement repris par l'opposition, sortent pour la plupart de la bouche de la maire de Lille. Elle le traite de "couille molle", d'"enfoiré" qui représente le "niveau zéro de la politique". Pendant la primaire PS précédant la présidentielle, Martine Aubry a mené une violente campagne contre François Hollande, le qualifiant de représentant d'une "gauche molle". Mais, surtout, elle a toujours dit qu'il ne travaillait pas.

Pour Hollande, Aubry est d'abord une menteuse et une "perverse". "Il lui reproche de ne se construire que dans l'opposition aux gens, en flinguant sans retenue", rapportait un intime du président dans les colonnes de L'Express avant la primaire socialiste.

La guerre entre les faux jumeaux socialistes a tout de même connu un relatif "cessez-le-feu" : depuis qu'Hollande est président, Martine Aubry n'a jamais commenté son action. Elle n'apparaît donc pas solidairement responsable des échecs, et pas coupable de trahison. C'est pour cela qu'elle conserve tout de même ses chances aujourd'hui.

 

 

 

 

Un « Parti de la banlieue » pour faire exister les quartiers et leur diversité
 Il a du flair Abdel Malik Djermoune. Ce quinquagénaire habitant la Seine-Saint-Denis a senti que c'était le moment de lancer son "Parti de la banlieue". Juste au moment où l'on commémore la Marche pour l'égalité de 1983 - dite "Marche des beurs" - et cinq mois avant les municipales. Après avoir créé diverses entreprises, lancé un magazine, s'être fait le porte-parole de Jean-Pierre Chevènement puis de Dominique de Villepin, cet agent territorial d'Aubervilliers veut être l'étendard de la banlieue et de son multiculturalisme.

Il s'y prépare depuis deux ans, distillant depuis quelques mois ses idées, testant son bagout sur les ondes de BFM ou mettant au point un logo stylisé où figurent ce qu'il imagine les symboles de la banlieue : la casquette des jeunes des cités et la barre HLM. "Je me suis rendu compte que la banlieue s'exprime depuis trente ans et qu'on ne l'a jamais vraiment écoutée", explique d'emblée l'homme à la chemise bleue impeccable qui veut "faire monter les revendications des quartiers populaires et appuyer sur la nécessité d'égalité".

 

"Faire exister la multiculturalité"

Il serait temps, selon lui, tant les partis politiques classiques ont peu de propositions et abordent la banlieue "plus par le béton que par l'humain". Or il y a dans ces quartiers des tas d'initiatives, une "multiculturalité vivante" qu'il faut accompagner et faire exister, argumente-t-il. Il prend son parcours en exemple pour dénoncer les barrières, le racisme. Celui qu'il côtoie depuis l'âge de dix ans, quand il a entendu un coiffeur lui refuser une coupe de cheveux parce qu'il "ne tondait pas les moutons".

Issu d''une famille algérienne, né en 1963 à Aubervilliers, alors dans le "75", département de la Seine, ce fringuant collaborateur de la mairie sait fort bien conter son parcours : des études de gestion des entreprises après avoir tâté du droit, le lancement d'une société de conseil juridique puis diverses tentatives de monter des entreprises sur des projets "révolutionnaires", la création d'un magazine citoyen ou sa participation à des associations successives comme la Yump Academie (Young urban movement project)... Il émaille son récit d'anecdotes, d'exemples de ce mur social qui empêche les fils d'immigrés de réussir.

 

Engagements politiques variables

Son parcours politique est aussi varié et ses engagements variables : il adhère en 1993 au Mouvement des citoyens de Chevènement, s'en retire en 2002 quand ce dernier devient Pôle républicain ouvert à des personnalités de droite, lance alors son mouvement Regards citoyens avec lequel il se présente, sans succès, aux élections cantonales en 2004. Séduit par Dominique de Villepin et sa volonté de dépasser les clivages gauche-droite, Abdel Malik Djermoune s'embarque dans son sillage en 2009 et devient le représentant de son club puis de son mouvement République solidaire dans le 93. Entre-temps, il atterrit à la mairie d'Aubervilliers pour diriger un "Observatoire des engagements" auprès du maire socialiste Jacques Salvator.

Aujourd'hui, avec son "Parti de la banlieue", son projet politique est tout autant éclectique. Parmi les 50 propositions qu'il détaille dans son programme, on trouve le droit de vote des étrangers, la légalisation du cannabis et la lutte contre les discriminations territoriales comme l'abaissement de la majorité pénale à 16 ans ou la convocation par le maire des jeunes de la commune à la première infraction. "Je défends des valeurs républicaines au-dessus de la gauche et de la droite", proclame ce responsable associatif.

 

Fédérer les velléités politiques des quartiers

Son parti, dont il s'affiche "président-fondateur", aurait déjà sept "fédérations" (Pantin, Neuilly-Plaisance, Morsang-sur-Orge, Orange ou Lyon) qui ne sont pour le moment que des contacts, avoue-t-il. Mais il est sûr de son fait : des mails arrivent tous les jours pour interroger ou s'associer à son initiative. Il veut maintenant fédérer les velléités politiques issues des quartiers qui se réveillent à l'approche des municipales. Il assure avoir ainsi le soutien de Banlieue Plus et Banlieue Respect, deux collectifs d'associations.

A Aubervilliers, il affirme qu'il cherche à monter une liste, tout en précisant que cela dépendra des forces en jeu. Jacques Salvator le ménage, ne tarissant pas d'éloges sur son "sérieux", appuyant sur son "amitiés ancienne". "Il fait partie des forces de progrès", insiste l'élu qui n'a probablement pas envie de voir une liste supplémentaire se monter sur sa commune. Et lui grignoter les voix de ces fils et filles d'immigrés dont le profil correspond à celui du quinquagénaire : ceux qui ont réussi et s'estiment ni entendus ni reconnus.

 

 

 

 

 

From : le Point ,le Monde,.....

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Tag(s) : #Politique Intérieure - Extérieure
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