Depuis quelques jours, les plaintes contre les pilules contraceptives dites de troisième génération se multiplient.
La fronde a été lancée par Marion Larat, courant décembre 2012. Cette jeune femme de 25 ans a décidé de porter plainte contre le directeur général de Bayer pour "atteinte involontaire à l'intégrité de la personne humaine" en raison de son AVC en 2006 - et de son handicap à 65 % depuis - qu'elle impute à sa pilule de troisième génération, Meliane. Marion Larat n'est pas la seule à dénoncer les dangers de ces pilules dites de troisième génération ou quatrième génération : plusieurs plaintes contre des laboratoires pharmaceutiques ont été déposées par des familles en colère. Toutes accusent ces pilules de provoquer des embolies pulmonaires et des thromboses veineuses. Actuellement, 2 millions de femmes sont concernées par ces pilules et se posent des questions sur leur santé et les risques encourus par ce moyen de contraception. Quels sont les véritables dangers ? Faut-il changer de contraception ?
Les pilules de 3e génération ne seront plus remboursées à partir de fin mars, a annoncé la semaine précédente la ministre de la Santé, Marisol Touraine, avançant de trois mois le déremboursement initialement prévu pour la fin juin. Tout est parti d'une première plainte déposée en France à la mi-décembre par une jeune femme victime d'un accident vasculaire cérébral (AVC) imputé à une pilule de 3e génération
Quelles différences entre les pilules de 1ère, 2ème, 3ème et 4ème génération ? les spécificités, les indications et les risques que comporte chacun de ces contraceptifs oraux.?
Dans la plupart des cas, une pilule repose sur l’association de deux hormones : un estrogène et un progestatif. Pour l'heure, il existe 4 grandes catégories de pilules, selon la nature du ou des progestatifs qu'elles contiennent. Les plus récents ont été élaborés pour limiter les effets secondaires (comme le gonflement des seins, des nausées, des migraines et des troubles vasculaires) liés aux fortes doses d'estrogènes qui ont ainsi pu être réduites.
Pour ce qui est des risques thromboemboliques, il semblerait qu'ils les aient, au contraire, accru ! Voici, pour chaque génération de progestatif, les pilules les plus prescrites :
_La 1ère génération de pilules contient la norethistérone comme progestatif. La seule pilule encore disponible sur le marché est Triella ® (Janssen Cilag)
_Les pilules de 2ème génération sont apparues dans les années 70 et 80. Elles sont composées de norgestrel (Stediril, Pfizer Holding France) ou, plus souvent, de lévonorgestrel : parmi les pilules les plus prescrites, Leeloo Gé ® (Théramex), Microval ® (Pfizer), Minidril ® (Pfizer Holding France). Ces pilules sont remboursées à hauteur de 65 %.
_Les pilules de 3ème génération, celles qui font actuellement l'objet de débat, ont été commercialisée dans les années 1990. Elles comportent trois nouveaux progestatifs, sensés avoir moins d'effets secondaires
- soit du désogestrel : Cérazette ®, Mercilon ® (Msd France), Desobel ® (Effik, remboursée à 65 %) et Varnoline continu ® (Msd France). Ces deux dernières sont les deux seules pilules de 3ème génération à être remboursées à hauteur de 65 %, selon une décision datant de 2010, malgré les risques avérés et reconnus par la Haute Autorité de Santé d'accident thromboembolique veineux et d'AVC ischémique*.
- soit du gestodène : Harmonet ®, Minesse ®, Minulet ® et Tri Minulet ® (Pfizer Holding France), Meliane ®, Melodia ®, Moneva ® et Phaeva ® (Bayer santé) sont les pilules les plus connues. Aucune n'est prise en charge par l'Assurance Maladie.
- soit du norgestimate : Cilest, Tri Cilest (Janssen Cilag), Effiprev et Triafemi (Effik), cette dernière étant plus particulièrement indiquée chez les jeunes femmes souffrant d'acné. Là encore, l'Assurance Maladie ne rembourse pas les assurées.
_La 4ème génération de pilules, la plus récente, comporte la drospirénone comme progestatif. Il s'agit, entre autres, de Jasmine, Yaz, Jasminelle, Rimendia ou encore Convuline (Bayer santé).
Magicmaman : L’Agence Nationale de Sécurité du Médicament vient tout juste d’abandonner l’idée de restreindre la prescription de la pilule 3ème génération aux spécialistes. Comment expliquer cette décision ?
Martin Winckler : Je pense que la "décision" initiale n'en était pas une, c'était une intention, peut-être suggérée par un "expert" très mal informé, ou peut être lancée seulement pour voir comment les professionnels réagiraient. Il y a eu un tel lever de bouclier des généralistes et des épidémiologistes (qui leur ont montré que les spécialistes sont les principaux prescripteurs de ces pilules) qu'ils ont vu que c'était une mauvaise idée. Restreindre une prescription à des "spécialistes", c'est interdire à ceux qui ne le sont pas de la contester et de la rectifier si elle est dangereuse. C'est donc restreindre la sécurité des patient(e)s. En réalité, tous les professionnels de santé et toutes les femmes devraient savoir comment se prescrit une contraception et sur quels critères. Il est en effet illogique d'exiger des femmes qu'elles sachent tout (ou presque) des précautions à prendre quand elles sont enceintes, et de les empêcher de savoir comment se protéger quand elles ne veulent pas l'être !
Magicmaman : Avons-nous aujourd’hui à faire à une crise de confiance des femmes envers la pilule de troisième génération et plus largement envers les professionnels gynécologues ? Qu’est-ce qui explique, au-delà des récents scandales ultra-médiatisés, cette méfiance ?
Martin Winckler : Le manque de confiance découle du mépris des professionnels (pas seulement les gynécos, mais beaucoup de médecins, en général), de leur refus de répondre ou de s'engager aux côtés des patient(e)s, du refus de prendre en compte leurs demandes (de DIU, de ligature de trompes, d'accouchement dans de meilleures conditions, d'accouchement par voie basse même après césarienne, d'expulsion sans épisiotomie, etc.). Les femmes lisent et s'informent. Les gynécologues obstétriciens qui font de même et qui ne voient pas leur travail comme un rapport de pouvoir n'ont pas de difficultés avec elles. Ceux et celles qui, en revanche, prennent sans arrêt ombrage du fait qu'une patiente est une personne autonome qui a le droit de faire des choix éclairés, même si ce choix semble mauvais au professionnel, ne sont pas des soignants mais des professionnels paternalistes. C'est ce paternalisme dont les femmes françaises ne veulent plus. Elles me l'écrivent depuis que j'ai publié Contraceptions mode d'emploi en 2001 puis Choisir sa contraception en 2007. Elles me l'écrivent depuis que j'ai publié Le Choeur des femmes. Ces milliers de femmes qui m'ont écrit depuis dix ans ne devraient pas avoir à écrire à un type qui ne peut leur donner que des encouragements verbaux car elles ne trouvent pas de médecin qui respecte leurs questions et leurs désirs. C'est insupportable.
Magicmaman : Que peut-on aujourd’hui conseiller aux femmes qui souhaitent bénéficier d’une contraception respectueuse de qui elles sont, sans danger ?
Martin Winckler : Tout d'abord, de lire et d'échanger le plus possible sur le sujet ; une information gratuite est disponible partout : sur le site choisirsacontraception.fr de l'INPES (commandité par le ministère de la santé) ; sur mon site personnel (www.martinwinckler.com) ; sur le site masexualite.ca des Obstétriciens canadiens (qui sont bien plus respectueux du choix des femmes que les français) et bien d'autres.
Ensuite, ces femmes doivent chercher un médecin (généraliste ou gynécologue) ou une sage-femme (habilitées à prescrire toutes les méthodes, et elles le font très bien) qui les écoute et qui leur présente TOUTES les méthodes et les laissent choisir ou essayer et changer à leur guise.
Enfin, elles doivent faire ce choix en fonction de leur mode de vie, de leurs préférences et de leurs valeurs et du CONFORT qu'elles attendent de leur méthode sans chercher à faire deux choses à la fois. Une pilule c'est pour la contraception. Si elle veulent un traitement de l'acné, il faut qu'elles se fassent prescrire un traitement de l'acné et non pas "une pilule pour l'acné" : c'est grâce à cet argument de marketing qu'on a multiplié inutilement les prescriptions de pilules de 3e génération.
Magicmaman : que conseillez-vous de faire aux utilisatrices de ces pilules dites de troisième génération ?
Martin Winckler : Si c'est leur première contraception, et si elles la prennent depuis quelques mois (moins de 2 ans), je leur conseille de s'en faire prescrire rapidement une autre (une pilule 2e génération ou autre chose).
Si elles la prennent depuis plusieurs années et si elles n'ont pas ou d'antécédents familiaux (phlébite, accident thrombo-embolique) chez les femmes de leur famille (soeurs, mère, tantes maternelles, grand-mères) ou de facteur de risque personnel (surpoids important, sédentarité, tabac, plus de 35 ans) , il n'y a pas de danger à la poursuivre. Mais arrivées à 35 ans, je leur conseille de changer de pilule ou de méthode, qu'elles fument ou non.
Si elles prennent ce type de pilule parce qu'on leur a refusé un DIU sous prétexte qu'elles n'ont pas d'enfant, je leur recommande d'aller fermement demander à leur gynéco de changer d'attitude car il leur a fait prendre des risques inutiles et, s'il ou elle ne veut pas entendre raison, je leur conseille de changer de gynéco et de faire clairement savoir autour d'elles pourquoi elles ne veulent plus le/la voir. C'est seulement dans ces conditions que les professionnels indélicats ou maladroits ou mal informés (sans pour autant être malveillants ou stupides) modifieront leurs attitudes.
Que faire si je prends une pilule de 3ème génération ?
Surtout, attendez d'avoir fini votre plaquette pour envisager un autre mode de contraception.
Si une pilule de 3ème ou 4ème génération vous a été prescrite d'emblée, sans que le médecin vous interroge sur d'éventuels antécédents de phlébites, d'embolie pulmonaire ou d'accident vasculaire, chez vous ou dans votre famille, retournez le voir et discutez-en avec lui. Cette famille de contraceptifs oraux ne doit plus être prescrite en première intention, demandez à votre médecin qu'il vous prescrive une pilule de 2ème génération.
Si une pilule de 3ème ou 4ème génération vous a été prescrite en raison d'une intolérance quelconque aux pilules de 2ème génération, assurez-vous tout de même que cette prescription était justifiée et qu'une autre pilule de 2ème génération ne peut pas la remplacer. Dans tous les cas, demandez à votre médecin de vous exposer les risques et surtout la balance bénéfices/risques par rapport à vos antécédents médicaux.
Quelle que soit la pilule que vous prenez, sachez que fumer aggrave considérablement le risque de thrombose artérielle, à l'origine d'accidents vasculaires graves. Comme on le rappelait dans cet article, le risque de thrombose veineuse associé à la prise d'un contraceptif oral reste quant à lui limité.
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