L'heure est à la recherche d'économie. Et le domaine de la santé ne doit pas y échapper. C'est dans cette optique que les "sages" de l'Académie de médecine se sont penchés sur les pratiques de leurs confrères. Diagnostic : trop d'examens coûteux et inutiles. La cause ? La peur du procès et la pression des patients. L'ordonnance ? Redonner la priorité à l'examen clinique avant toute autre investigation.
"Je ne me sens pas bien, faites-moi un bilan complet". Ou bien "une IRM totale". Et c'est parti pour une séance d'imageries du corps entier pour calmer les angoisses de l'hypochondriaque. Outre l'aspect financier, "ces investigations tout azimut, imagerie ou biologie, finissent toujours par découvrir quelques anomalies mineures, responsables d’examens en cascade voire d’intervention inutile"...
Comment freiner l'inflation des dépenses de santé ?
C'est le rapport "Améliorer la pertinence des stratégies médicales" publié par l'Académie de médecine qui donne cet exemple marquant, à l'appui de sa démonstration : pour les sages, certaines causes de l'inflation des dépenses en matière de santé échappent aux médecins, "mais la conduite des soins est strictement de leur responsabilité".
Des demandes d'examens trop floues
Dans ce document, ils pointent du doigt, par exemple, certains dépistages ou encore des bilans systématiques et gratuits ouverts à toute la population et qui ne modifient "ni la morbidité ni la mortalité".
En ligne de mire, aussi : les examens biologiques. Comme des analyses redondantes : ainsi des dosages des marqueurs cardiaques. Un nouveau type d'analyse a commencé à être prescrit. Mais pendant des années, les dosages qui existaient précédement ont souvent continué à être demandés, simultanément.
Analyses redondantes, parfois, mais aussi analyses qui peuvent être prescrites à répétition, sans que ce soit toujours utile, selon l'Académie, qui pointe aussi un autre problème : les prescriptions floues, du style "bilan thyroïdien" ou "bilan hépatique". Pour les sages, elles doivent être définitivement proscrites.
Des échographies devenues trop banales
Il n'y a pas que les analyses biologiques qui soient dans le collimateur. Dans son rapport, l'Académie de médecine critique aussi des échographies menées "banalement, voire systématiquement", sans recherches spécifiques. Sans parler des coûteux examens faisant appel à "l'imagerie lourde".
"Nous sommes tous responsables"
Alors, la faute aux médecins, ce surcroît d'examens parfois inutiles, toujours coûteux ? En fait, les sages renvoient dos à dos professionnels et patients. Les premiers évoqueraient le principe de précaution face aux éventuels recours juridiques. Les seconds auraient tendance à plonger dans le consumérisme médical, s'informant sur des forums internet plus ou moins sérieux, exigeant des réponses rapides et s'estimant frustrés s'il ressortent du cabinet médical sans ordonnance...
"Personne n'est totalement coupable mais nous sommes tous responsables", soulignent les sages.
Réhabiliter l'examen clinique
Alors, que faire ? "La stratégie de la prise en charge médicale d’un patient commence par un interrogatoire et un examen clinique minutieux", souligne l'Académie, regrettant qu'ils "sont malheureusement moins poussés qu’ils ne le devraient et la présence d’un écran d’ordinateur, pour utile qu’il soit, brise l’humanisme de la relation médecin/malade."
Les examens complémentaires, dénonce le rapport, "sont formulés en bloc. Ils devraient contrôler des hypothèses et être échelonnés dans le temps en fonction des résultats."
Or, "l’enseignement clinique, qui a fait la force de la médecine française, n’est plus capable de compenser ces lacunes. Sa durée dans un service est réduite à trois mois", regrettent les auteurs du rapport.
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