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Ce plat pays ne sera jamais le sien. Bernard Arnault, numéro 1 mondial du luxe, renonce à demander la nationalité belge. Il faut dire que le petit royaume, à deux reprises déjà, lui avait signifié un refus. De quoi agacer le puissant PDG, à qui l’on résiste si rarement. . Au temps détestable du “Casse-toi riche con !” s’affichant à la une de Libération…

 

Sinon, les affaires marchent toujours. La crise glisse sur Dior, Vuitton ou Givenchy comme la pluie sur les ailes du canard. De ce côté-là, avec 3,43 milliards de bénéfices en 2012, le patron du groupe LVMH n’a pas à se plaindre. En revanche, qu’on ait pu le prendre pour un mauvais contribuable le chagrine au plus haut point. Confondant son désir d’ailleurs avec “une volonté d’exil fiscal”, l’opinion publique l’a blessé. Pourquoi le taxer d’antipatriotisme financier, c’est compris dans les 75 % ? La vague de soupçons, relancée par l’affaire Cahuzac, le frappe directement. Elle nuit à son image d’entrepreneur, et donc au business.

Depuis hier, l’équivoque se trouve levée. Voici un bon Français, désireux “de partager l’effort de redressement national.” Mieux, il estime que le gouvernement socialiste “va dans le bon sens” pour redynamiser l’économie. Quelle volte-face ! Faute de devenir citoyen belge, M. Arnault pourrait finir militant de Hollande…

 

 

On est plus surpris d'entendre ce patron de 64 ans, celui-là même qui s'était rendu au Fouquet's le soir de l'élection de Nicolas Sarkozy en 2007, accorder sa confiance à François Hollande. Non que l'on attende de cet homme discret une charge contre l'Elysée. Ce n'est pas le genre de la maison. Mais plutôt un silence réprobateur. On aura même un vibrant hommage à Pierre Bérégovoy et au premier septennat de François Mitterrand, qu'il avait pourtant fui en partant aux Etats-Unis en 1981.

Mercredi matin, Bernard Arnault a signifié aux autorités belges qu'il retirait sa demande de naturalisation. Il renonce donc à protéger – de cette façon en tout cas – d'éventuelles querelles familiales son empire, qui a fait de lui l'un des hommes les plus riches au monde. Selon le classement 2013 de Forbes, sa fortune de 29 milliards de dollars (22,1 milliards d'euros) arrive au dixième rang mondial.

 

 

Qu'est-ce qui vous a convaincu de revenir sur votre démarche ?

Compte tenu de la situation du pays, l'effort de redressement doit être partagé. Je veux par ce geste exprimer mon attachement à la France et ma confiance dans son avenir.

Comment avez-vous vécu les réactions qu'a suscitées votre demande de nationalité belge ?

Ce n'était pas très agréable... D'autant que le groupe LVMH paye près d'un milliard d'euros d'impôt sur les sociétés en France – c'est plus de la moitié de ses impôts –, alors qu'il réalise plus de 90 % de son chiffre d'affaires à l'étranger. A ce titre, LVMH fait figure d'exception parmi les grands groupes internationaux et a un comportement citoyen exemplaire.

Quant à moi, je ne vous dirai pas ce que je paye comme impôt à titre personnel, mais, croyez-moi, c'est substantiel, et je suis sans conteste dans le peloton de tête des contribuables français. Il y a des limites au paradoxe.

LVMH est un groupe leader, qui crée des emplois d'artisans en France – 3 000 embauches au total en 2012 –, où il fabrique l'essentiel de ses produits. C'est ce combat que je veux mener. Je ne veux plus être associé à une situation où l'on peut soupçonner que je souhaite l'exil fiscal.

En renonçant à demander la nationalité belge, renoncez-vous aussi à assurer la pérennité du groupe en cas d'accident ?

Non. Il y a cette fondation en Belgique, que j'ai créée à cet effet en 2008. Elle existe, elle conserve son objet. Elle serait devenue inattaquable si j'avais demandé et obtenu la nationalité belge. Mais, aujourd'hui, je préfère cette relative fragilité – et je fais confiance à ma famille pour rester unie, comme elle l'est aujourd'hui – plutôt que d'être assimilé à un exilé fiscal.

Vous avez transféré vos actions LVMH dans cette fondation ?

C'est vrai. Mais cela n'a aucune incidence sur les impôts que paye le groupe aujourd'hui en France et n'en aura aucune sur les droits de succession que paieront mes héritiers en France le moment venu.

Votre demande de nationalité belge a fait débat en Belgique, où deux des trois instances consultées s'opposaient à votre démarche. Est-ce pour cela que vous y renoncez ?

J'avais, je pense, des chances importantes d'obtenir la nationalité belge.

 

Deux avis négatifs

Août 2012 Bernard Arnault fait sa demande de naturalisation belge.

Décembre L'Office des étrangers du ministère de l'intérieur belge donne un avis négatif à la requête du PDG de LVMH. Et invoque, pour ce faire, le fait que l'homme d'affaires ne réside pas en Belgique depuis trois ans.

Janvier 2013 Le parquet de Bruxelles donne à son tour un avis négatif à la demande de M.Arnault et décide d'ouvrir une information judiciaire sur les montages financiers du patron de LVMH. Son domicile à Uccle, dans une commune de la capitale, n'est pas la résidence principale du PDG, argue le parquet, qui s'interroge sur le réseau de sociétés que M.Arnault a ouvert en Belgique. Il suspecte que certaines ne soient que des boîtes aux lettres.

Fin janvier La Sûreté de l'Etat, c'est-à-dire les services de renseignement belges, donne pour sa part un avis favorable à la demande de Bernard Arnault.

Au printemps La commission de naturalisation de la Chambre des députés devait se prononcer à son tour et trancher. Elle n'aura donc pas à le faire. Souveraine, elle a tenu, à plusieurs reprises, à préciser qu'elle apprécierait "bien entendu les différents avis", mais que ceux-ci ne la contraignent "à rien". Pour accorder la nationalité, les élus belges doivent être convaincus que le demandeur a des "attaches véritables" avec le pays.



Ces derniers jours, on a beaucoup parlé de comptes offshore et de paradis fiscaux. Votre groupe a-t-il recours à ces instruments ?

Il n'est jamais payant de prendre des chemins détournés. LVMH a de nombreuses boutiques dans des pays offshore, comme Singapour ou Hongkong, et y réalise donc un chiffre d'affaires important avec des produits fabriqués en France.

Il est nécessaire de lutter contre les paradis fiscaux. Beaucoup a été fait ces dernières années. Aujourd'hui, il serait nécessaire d'engager une harmonisation fiscale au niveau européen. C'est là, me semble-t-il, une question plus importante que celle des paradis fiscaux qui a commencé à être sérieusement traitée.

 

 

From : la dépêche ,le monde ,....

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Tag(s) : #Société
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