En adoptant un «concept stratégique» qui décrit l'éventail des menaces qui pèsent sur leur sécurité et les réponses modernes à leur apporter, les dirigeants de l'Otan se sont mis d'accord vendredi sur la nécessité d'un bouclier antimissile. Ce document de 11 pages, qui remplace un précédent remontant à 1999, a été adopté au premier des deux jours d'un sommet de l'Alliance atlantique, à Lisbonne.
Grande nouveauté, il mentionne un système antimissile destiné à protéger les populations et les territoires de l'Otan, qui sera désormais «un des éléments centraux de (leur) défense collective».
Aujourd’hui Washington propose une défense anti-missile « intégrée » avec ses alliés de l’Otan. La question divise en Europe. La France qui a développé sa propre force de frappe nucléaire dés les années soixante estime que la défense anti-missile peut être considérée comme un complément à la dissuation.
Un dispositif contre le danger des missiles balistiques ( des Iraniens , ou des Russes ??? , ...??? ) : capacité de défense active multicouche contre les missiles balistiques ( le bouclier ant-missiles en Europe constitue-il la couche externe de défense américaine sur la face atlantique des Etats -Unis ? )
La France et l'Allemagne étaient en désaccord sur le rôle respectif de la dissuasion nucléaire et de la défense antimissile, Les deux délégations ont trouvé un compromis ménageant leurs intérêts et leurs sensibilités. Comme le souhaitait Berlin, le document «engage l'Otan sur l'objectif qui consiste à créer les conditions pour un monde sans armes nucléaires». Comme Paris y tenait, il «reconfirme que tant qu'il y aura des armes nucléaires dans le
monde, l'Otan restera une alliance nucléaire». Tout en jugeant un recours à l'arme nucléaire «extrêmement improbable», l'accord rappelle que la sécurité des alliés est garantie par les arsenaux stratégiques américains, mais aussi britannique et français.
Le programme est ambitieux : assurer la protection des villes et des populations européennes grâce à un bouclier anti-missile essentiellement américain. Le sujet a suscité un certain débat à Lisbonne où se déroule le 24e sommet de l’Otan, mais finalement l'Alliance atlantique devrait réaffirmer la dissuasion nucléaire comme le cœur de sa posture de défense, le bouclier venant la renforcer.
Durant la guerre froide, les Etats-Unis avaient placé sous leur protection leurs plus proches alliés en Europe. On parlait à l’époque du « parapluie nucléaire américain » sur le vieux continent.
C’est déjà le coût prohibitif du bouclier anti-missile voulu par George Bush qui avait conduit à son abandon par le Pentagone l’an dernier. Son successeur Barack Obama a préféré un système plus souple, et déjà éprouvé, basé sur un missile déjà existant, le SM3. Un missile capable de détruire en altitude des engins ayant une portée de 1000 à 5000 kilomètres environs.L’adaptation de ces missiles à la défense des concentrations urbaines, coûterait selon l’Otan près de 200 millions d'euros à partager entre les 28 membres, ce qui est tout à fait acceptable du point de vue des militaires. Mais l’Europe dépendrait alors d’une bulle de protection presque totalement américaine, en altitude avec les SM3 fabriqués par Raytheon (basés à terre ou en mer) et à plus courte distance avec la défense dite de « théâtre » comme les « Patriots ».
Un sommet Otan-Russie ce samedi
Le document a été adopté à la veille d'un sommet Otan-Russie, lors duquel une coopération sera proposée à Moscou en matière de sécurité. Le secrétaire général de l'Otan, Anders Fogh Rasmussen, espère que la Russie annoncera ce samedi la reprise de la coopération avec l'alliance, interrompue depuis 2008, sur un bouclier antimissile moins ambitieux, limité aux soldats en opération.
Barack Obama s'est félicité de cet accord. Dans une phase ultérieure, en effet, ce bouclier installé en Europe pourrait contribuer aussi à la défense des Américains, un élément d'ailleurs à l'origine des soupçons qui motive les soupçons de Moscou quant aux mobiles des Occidentaux.
Bruno Gruselle, spécialiste de la défense antimissile, travaille à la Fondation pour la recherche stratégique, à Paris. Il revient sur les polémiques liées au déploiement en Europe du futur bouclier antimissile américain.
Pourquoi les Etats-Unis veulent-ils installer des systèmes antimissiles en Pologne et en République tchèque, en expliquant vouloir se protéger des menaces iraniennes ?
Pourquoi la Russie s'estime-t-elle menacée par ce déploiement ?Pourquoi la Russie réagit-elle si vivement ?
La défense antimissile que les Américains sont en train d'installer en Californie, en Alaska et en Europe n'aura pas la capacité d'intercepter les systèmes russes, trop nombreux et trop sophistiqués. ... Les missiles que la Russie pourrait tirer sur les Etats-Unis passeraient par le nord, par l'Arctique, d'où l'importance d'une station américaine comme celle de Thulé, au Groenland....
La Russie considère que cela se passe dans son glacis et que cela pourrait être le préalable à des déploiements plus inquiétants pour elle, en particulier d'armes nucléaires. Le radar qui doit être installé en République tchèque offre sans doute une petite capacité de renseignement sur le centre d'essais russe de Kasputine Yar.
Les Russes ont toujours fait preuve de beaucoup de méfiance vis-à-vis du bouclier que le Pentagone voulait installer en République Tchèque et en Pologne. Des craintes à peine dissipées par les gestes de bonne volonté de l’administration Obama en matière de désarmement (traité Start nouveau).
Avant d’accepter de s’associer à ce nouveau projet, la Russie souhaite obtenir des garanties sur les zones où seront déployés ses missiles, et sur les performances des engins intercepteurs afin que le système ne puisse pas se retourner contre elle ! Des exigences qui auraient peu de chance d'être acceptées selon certains observateurs.
Les Iraniens, qui viennent de tester une fusée spatiale, sont-ils une menace réelle pour les Américains ?
C'est clairement une préoccupation. Aux Etats-Unis, démocrates et républicains semblent d'ailleurs plutôt d'accord. A propos de l'Iran, on parle aujourd'hui de fusées d'une portée de 2 à 3 000 kilomètres. Or, pour menacer le territoire américain à partir de l'Iran, il faudrait des engins de 9 à 10 000 kilomètres de portée. On n'en est donc pas là et les Iraniens ne peuvent pas prétendre à telle capacité avant 2020.
La Turquie a obtenu que le document ne mentionne ni l'Iran, ni le Moyen-Orient, censés constituer une menace de prolifération balistique et nucléaire justifiant l'installation de ce bouclier. Les alliés sont appelés à se dotyer de capcités de ripostes face aux menaces balistiques mais aussi au terrorisme et aux cyberattaques. Sans mentionner l'Afghanistan, l'Otan affirme sa vocation à mener à l'avenir d'autres expéditions lointaines, de
contre-insurrection ou de stabilisation, en se dotant d'une «modeste» cellule civile de gestion de crise
Le nouveau concept stratégique demande aux alliés d'investir dans les capacités clés pour faire face aux menaces émergentes, et les alliés ont convenu de développer au sein de l'OTAN les capacités nécessaires pour la défense contre les missiles balistiques et les cyberattaques. Le Concept stratégique reconnaît la nécessité d'une défense contre les missiles pour faire face aux menaces nucléaires, biologiques et chimiques (NBC).
From : le Parisien , Rfi , Libération , ....