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La presse française dénonce Pékin pour imposer ses conditions en Mer Orientale

La «coercition » et la «politique du fait accompli » sont les termes employés par deux journaux français, le Monde et les Echos, pour qualifier la tactique employée par Pékin pour imposer ses conditions en Mer Orientale.

« Pékin impose ses conditions en Mer de Chine (Mer Orientale)» est le titre d'un article paru sur Le Monde le 23 juin, accompagné d’une grande photo illustrant un navire de la police maritime chinoise utilisant son canon à eau contre un navire vietnamien.

D’après son auteur, Brice Pedroletti, « Face à ses voisins régionaux, Japon, Vietnam ou Philippines, la Chine, deuxième puissance économique mondiale, bouscule le statu quo sur ses frontières maritimes au nom de prétendus droits historiques, suscitant, dans la région, des doutes sur la réalité de son + émergence pacifique +».

L’auteur indique également que le Vietnam autorise la presse internationale à suivre la mission des forces de la Surveillance nationale des ressources halieutiques et des Garde-côtes afin de prouver ses mesures de lutte pacifiques comme les actes de provocation de la Chine.

 

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Le quotidien économique « Les Echos » a publié 24 juin un article intitulé «En mer de Chine du Sud/Mer Orientale, la politique du fait accompli ». Selon lui, «La stratégie du fait accompli de Pékin en mer de Chine met tous les pays frontaliers en alerte. A dessein, puisque les dirigeants chinois n’ont d’autre volonté que de tester les réactions de chacun et d’ajuster en conséquence leur ligne de conduite ».

Il cite une estimation de Valérie Niquet, maître de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique: « soit la réaction est forte, et Pékin assouplit sa position, soit ils laissent faire et, dans ce cas, la Chine a le champ libre».

Les Echos considère qu’ «un autre point intéresse particulièrement la Chine, c’est l’attitude des Etats-Unis et leur stratégie du pivot ».

Le quotidien économique de l’Hexagone a cité l’appréciation de Jean-Pierre Cabestan, directeur du Département des sciences politiques à la Hong Kong Baptist University. Selon ce dernier, «L’arbitrage est la voie à suivre. Elle impose la règle du droit, tout en émanant d’une institution reconnue pour son indépendance».

En agissant de la sorte, Manille est non seulement devenu le premier pays à s’opposer ouvertement à la stratégie de Pékin, mais il a créé les conditions d’une internationalisation de ce conflit... Le Vietnam prépare, de son côté, le même dossier que celui déposé par les Philippines et pourrait donc, lui aussi, rejoindre cette fronde, selon Les Echos .

 

 

 

La Chine menaçante, vraiment ? 
  
Michel Nazet, spécialiste de géopolitique, est diplômé en histoire-géographie, droit et sciences politiques (IEP Paris). Actuellement professeur en classes préparatoires économiques et commerciales au lycée Saint-Michel-de-Picpus à Paris. Auteur de La Chine et le monde au XXe siècle. Les chemins de la puissance et Comprendre l’actualité : géopolitique et relations internationales, Paris, Ellipses.


Le pire semble actuellement peu crédible pour au moins trois raisons convergentes, explique Michel Nazet. La Chine a dans le passé toujours fait preuve d’un pragmatisme qui a prévalu sur son activisme tiers-mondiste ou la solidarité socialiste. Elle a intérêt à un apaisement qui de façon automatique ne peut que lui être profitable en raison de l’ombre portée de son influence anticipée et de la possibilité que lui offrent les États-Unis de devenir un « coactionnaire responsable » à l’échelle planétaire. Elle est, enfin, ouverte aux influences occidentales.

DEPUIS ces dernières années les incidents navals provoqués par la République populaire de Chine (RPC) se sont multipliés à une fréquence inusitée en mer de Chine [1].


Sans doute en écho aux évolutions géopolitiques actuelles marquées par les difficultés occidentales et a contrario une poursuite de la montée en puissance chinoise qui inquiète, à tort ou a raison, les géopolitologues américains [2], plusieurs œuvres de fiction [3] décrivent ce qui pourrait correspondre à très court terme à « une prise de bénéfice » de la part des Chinois. Dans chacun de ces romans, le but recherché est de faire de la Chine la première puissance mondiale, quitte à déclencher un début de conflit avec les États-Unis.


Récemment, la mise en service d’un nouveau passeport [4] par les autorités chinoises à l’automne 2012, avec une carte controversée en filigrane, a contribué à encore envenimer les relations avec leurs voisins alors que la RPC affiche désormais, depuis le printemps dernier et plus ou moins officiellement [5], des revendications sur Okinawa. Cet été enfin, la dernière session du Shangri-La-Dialogue à Singapour témoigne que « le temps est à l’orage » dans une zone Asie- Pacifique « qui a clairement un grave problème de sécurité » [6].


S’agit-il, de manifestations d’humeur d’une puissance qui se sent territorialement à l’étroit dans sa zone ? Faut-il prendre, à l’âge thermonucléaire [7], les gesticulations chinoises au pied de la lettre ? Sur quel type de conflit risquent-elles de déboucher ?

Indiscutablement non seulement le discours chinois est devenu menaçant mais ses actes relèvent de l’escalade en mer de Chine

La politique étrangère chinoise de l’ère Deng Xiaping et de ses épigones était marquée par une extrême prudence illustrée par la célèbre formule « fuir la clarté et rechercher l’obscurité » ou encore le slogan d’ « ascension pacifique » forgée par Zheng Bijian [8], conseiller de Hu Jintao et d’ailleurs assez vite remplacé par la formule officielle, encore moins provocante, de « développement pacifique ».


Le message subliminal consistait à sous-entendre que la Chine privilégiait son développement intérieur par rapport à celui de son outil militaire et qu’elle se ralliait au concert des nations et à un ordre international qu’elle n’avait pourtant pas contribué à mettre en place.


Un véritable tournant a été pris en 2008-2009, lié à la crise des subprimes et à l’effondrement consécutif du Consensus de Washington autorisant l’émergence du nouveau Consensus de Pékin.


En effet, après cette date, Pékin a accru fortement ses dépenses militaires, a accentué ses pressions territoriales sur l’Inde, multiplié les provocations et les incidents en mer de Chine, y compris avec les Américains [9], soutenu la Corée après le torpillage de la frégate sud-coréenne Cheonan (février 2010) ou lors du bombardement de l’île sud-coréenne de Yeonpyeong (novembre 2010).


Plus grave sans doute, la Chine semble désormais « saborder sa diplomatie publique » [10] par des positions de plus en plus intransigeantes que ce soit lors de la Conférence de Copenhague ou lors du premier dialogue stratégique et économique entre les États-Unis et la Chine (mai 2010)… ou en privilégiant ouvertement les relations bilatérales, où elle est en position de force, aux négociations multilatérales…

Une ligne géostratégique peu claire, des résultats contre-productifs, des précédents historiques loin d’être encourageants

Que veut cette « Chine qui inquiète » [11], comment comprendre son comportement et savoir quel est le prix qu’elle prête à payer pour atteindre son but ?


La réponse à la première réponse est largement connue : la Chine veut, de façon générique, se donner les moyens de son développement afin de « réaliser le rêve chinois », être une puissance reconnue, sinon suzeraine comme elle le fut jadis en Asie, contribuer à façonner un ordre international où elle aurait, avec les autres BRICS, davantage de prérogatives [12].


Les difficultés proviennent des moyens mis en œuvre et qui sont parfois difficiles à décrypter dans la mesure où le pouvoir chinois et son fonctionnement sont devenus, depuis 2002, une boîte noire illisible et incompréhensible, y compris par les spécialistes [13].


Les réponses aux questions suivantes sont moins claires. Les dérapages fréquents proviennent-ils d’une hybris chinoise, d’un émiettement de centres de décisions (le ministère des Affaires étrangères, l’Administration océanique d’État, l’Armée populaire de libération et le complexe militaro-industriel, l’influence d’un véritable lobby militariste) qui ont chacun leurs objectifs ?


Un point semble cependant faire consensus. Les dirigeants chinois mettent en œuvre un référentiel diplomatique spécifique qui est l’héritage de rémanences de leur histoire parmi lesquels la résurgence du concept de la Tianxia [14] et le souvenir d’une Asie tributaire de la Chine, les influences du néoconfucianisme triomphant de l’époque Song et de l’Art de la Guerre de Sun Tzu sont les éléments centraux. Ce dernier, reflet de la période des « Royaumes Combattants » (481-221 av. J.-C.) qui privilégie le machiavélisme, la tromperie et la trahison, la constitution d’alliances instables, l’utilisation de stratagèmes, passe en particulier pour être l’alpha et l’oméga de la stratégie chinoise…
Cette situation est dangereuse pour au moins trois raisons.


En premier lieu les revendications chinoises sont assez largement fumeuses : aucune n’a de fondement historique véritablement sérieux et « le catalogue des revendications territoriales chinoises est une sorte d’auberge espagnole où le régime peut puiser à sa guise » au gré de son humeur et de sa tactique du moment [15].


Elle apparente ensuite la Chine actuelle à des trajectoires historiques pour le moins inquiétantes qui sont, dans l’ordre chronologique, celles de l’Italie de la Renaissance, de l’Allemagne whilemienne devenue la référence incontournable [16], du Pacifique des années 1920.


Elle est enfin, à l’heure actuelle, très contre-productive suscitant une image de la Chine devenue négative. Elle est incontestablement aussi à l’origine de la réorientation diplomatique et militaire des États-Unis (le pivot) vers l’Asie, provoque la méfiance de la région, est à l’origine d’une coalition en formation autour des États-Unis et de l’Australie et réunissant un Japon qui « se désengage du désengagement », ainsi qu’une bonne partie des États riverains à commencer par le Vietnam [17].

Alors que la Chine est loin d’avoir les moyens militaires qui pourraient rendre crédible une confrontation avec les États-Unis

En dépit de l’augmentation de son budget militaire, de la modernisation de sa flotte navale et aérienne, les moyens aéronavals chinois sont actuellement très inférieurs en quantité comme en qualité (retard d’au moins d’une génération) aux moyens américains.


Ainsi, les budgets militaires respectifs des États-Unis et de la Chine pencheraient en faveur des premiers dans une fourchette de 5 à 6 en valeur absolue et de 1 à 2 par rapport à leurs PIB respectifs. L’United States Pacific Command dispose d’une série de bases qui encerclent, sauf au Nord, la RPC et sont à l’heure actuelle en capacité de contrôler l’essentiel des eaux du Pacifique en dehors des eaux territoriales chinoises.


Il n’en reste pas moins que la Chine se concentre actuellement, dans un contexte de guerre limitée (qui reste un concept flou et dangereux [18]), sur des stratégies anti-accès en Asie-Pacifique dites A2AD (il s’agit d’interdire ou de retarder à un corps expéditionnaire l’accès aux approches maritimes terrestres et aériennes d’une zone d’action militaire potentielle). À ce titre, elle se dote à l’heure actuelle d’un arsenal tactique respectable avec le J20 furtif, la mise au point de nouveaux missiles et d’un missile balistique « tueur de porte-avions » alors que de 2 à 4 porte-avions et deux SLNE seraient en chantier pour être livrés d’ici 2020 [19].


Cette stratégie pourrait se prolonger par une guerre dans le cyberespace, par ailleurs théorisée par les Chinois depuis 1999 [20], et qui non seulement y affecteraient près de 10 000 hommes mais testeraient périodiquement les systèmes informatiques américains.


Les États-Unis semblent prendre au sérieux la menace que pourrait représenter la Chine (sans qu’elle soit nommément désignée tout comme l’Iran et la Corée du Nord) « vis-à-vis des intérêts américains et la résilience du système international » au point d’en avoir fait l’un de leurs objectifs prioritaires de leur dernier Examen quadriennal de défense de 2010 [21]. Cela les a en particulier conduits à rénover leur concept d’Air Land Battle des années 1980 par le concept [22], qui reste flou, de Joint Operational Access (JOAC).


Il n’en reste pas moins que, sans même évoquer Henry Kissinger [23], beaucoup de spécialistes américains, comme Joseph Nye [24], dénient le déclin de la puissance américaine pour aujourd’hui et les décennies qui viennent, alors que Robert Kagan lui-même d’un avis comparable [25], souligne la banalité historique des exigences chinoises qui ne sont que le reflet de leur montée en puissance. Le français Jean-Louis Salaaman pose même la question abrupte de savoir [26], sans y répondre vraiment, si la menace chinoise ne serait pas tout simplement une invention du Pentagone.

 

La nouvelle guerre de 14 n’aura pas lieu

La Chine d’aujourd’hui inquiète et présente une menace suivant un gradient dont l’intensité diminue à mesure que l’on s’éloigne de la mer de Chine [27].


Cette attitude est largement justifiée par un constat sans équivoque qui tient à la domination d’un Parti-État au fonctionnement et aux visées opaques, au fonctionnement d’une économie expansionniste et aux possibilités exponentielles, à l’existence de problèmes internes considérables facteurs d’instabilités [28], d’une intégration internationale à la fois minimaliste et excessivement réaliste, et enfin de revendications territoriales et stratégiques à l’échelle du Pacifique occidental qui rappellent les errements japonais des années 1920.


Plus profondément sans doute l’essentiel tient-il au fait [29] que la Chine n’a pas véritablement de système de valeur partagé avec les tenants de l’ordre international actuel et que sa politique étrangère est en tension entre un héritage historique qui peut remonter à l’Antiquité, l’interdépendance qui résulte de ses échanges extérieurs actuels, l’anticipation d’une puissance promise pour l’avenir qui l’incite à la tentation d’une sphère d’influence dans la tradition des XIXe et XXe siècles. On y ajoutera que la Chine, grande puissance, a largement encore des pratiques qui relèvent de la guerre asymétrique.


Même si cette situation peut déclencher un engrenage susceptible de conduire à une guerre généralisée [30], le pire semble actuellement peu crédible pour au moins trois raisons convergentes.


La Chine a dans le passé toujours fait preuve d’un pragmatisme qui a prévalu sur son activisme tiers-mondiste (en Malaisie ou au Chili à l’époque de Pinochet) ou la solidarité socialiste (en Indochine dans les années 1960) et elle a toujours fait preuve de retenue [31], y compris lors des brefs conflits avec l’Inde (1962) ou le Vietnam (1979).


Elle a intérêt à un apaisement qui de façon automatique ne peut que lui être profitable en raison de l’ombre portée de son influence anticipée et de la possibilité que lui offrent les États-Unis de devenir un « coactionnaire responsable » à l’échelle planétaire.


Elle est enfin ouverte aux influences occidentales depuis le 4 mai 1919 et une évolution vers la démocratie n’y est pas improbable comme le suggère le précédent taïwanais ou y incitent plus ou moins ouvertement des politologues chinois pourtant proches du pouvoir qui appellent le pays à devenir plus transparent, à adopter une attitude plus « humaine », voire à contribuer à promouvoir le principe moral de la démocratie [32].


Que faut-il craindre à terme ?
Pour Edward Luttwak [33], la menace potentielle représentée par la montée en puissance de la Chine va être compensée par la force militaire américaine.
Pour le futur il préconise une stratégie qui a, a priori, le mérite du bon sens.


Il conseille d’abord de mettre en place assez rapidement une résistance géoéconomique qui pourrait consister à réduire les importations chinoises, à limiter les exportations de matières premières vers la Chine pour faire tomber son taux de croissance de 8 à 4 %.
Il préconise ensuite de laisser jouer le temps pour qu’« une Chine pleinement démocratique puisse évoluer sans entrave vers l’hégémonie mondiale… ».


Ce sont semble-t-il les solutions choisies. De façon parallèle à leurs efforts militaires, les États-Unis et la Chine se sont lancés dans une course à l’intégration économique [34] et à l’affirmation renouvelée de leur soft power [35].


Il n’est pas interdit non plus à l’Union européenne d’aller vers d’avantage d’intégration si elle veut avoir un avenir dans le monde qui vient et y peser davantage

 

 

 

 

 

 

 

From : VN Plus ???,Diploweb ( .Michel Nazet)............

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Tag(s) : #Stratégie - Défense - Relations Internationales
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