Nicolas Sarkozy a évoqué jeudi la possibilité de frappes ciblées en Libye, dans certaines conditions, pour neutraliser l'aviation de Mouammar Kadhafi.Selon un responsable de l'UMP, Nicolas Sarkozy a évoqué un peu plus tard, lors d'un déjeuner avec la direction de son parti, la possibilité de telles frappes.
"Les frappes ciblées dans des cas précis et extrêmement limités et pas forcément sur des aérodromes font partie de la réflexion", a dit ce participant à Reuters.
"Il y aura un plan stratégique qui sera proposé par la France demain devant le Conseil européen", a déclaré un des émissaires du CNL, Mahmoud Djibril, à des journalistes, après l'entretien avec le chef de l'Etat français.
Sommet de Bruxelles aujourd'hui sur la crise libyenne.
Nicolas Sarkozy veut pousser l'UE à adopter un plan pour chasser Kadhafi. Hier, la France a reconnu l'opposition libyenne. Son inertie face aux révoltes en Tunisie et en Égypte avait été critiquée. Nicolas Sarkozy pousse maintenant les feux. La France est devenue hier le premier pays à reconnaître l'opposition armée au régime du colonel Mouammar Kadhafi comme le seul « représentant légitime » du peuple libyen.
La riposte de Tripoli ne s'est pas fait attendre : le régime libyen a affirmé hier, via son agence officielle, que la révélation d'un « grave secret » allait entraîner la chute du président français Nicolas Sarkozy, voire son jugement en lien avec le financement de sa campagne électorale »..
Critiques de l'Union Européenne sur la précipitation et le forcing de Sarkozy
La reconnaissance par la France du Conseil national de transition libyen comme "représentant légitime du peuple libyen", assortie de la promesse de l'envoi d'un ambassadeur à Benghazi, siège du CNT, a suscité surprise et critiques parmi les ministres des Affaires étrangères de l'Union européenne réunis d'urgence à Bruxelles pour discuter de la Libye.
"Le fait de reconnaître doit être une décision européenne, pas nationale", a lancé l'Italien Franco Frattini en réponse au cavalier seul français. "Nous reconnaissons un État, pas un régime", a rappelé son homologue néerlandais Uri Rosenthal, qui ajoute : "Il n'y a pas assez de clarté sur les groupes d'opposition dans et autour de Benghazi."
La veille encore, un diplomate très haut placé expliquait la nécessité d'une retenue européenne sur une reconnaissance rapide du CNT : "Benghazi, le fief des insurgés, est un foyer du radicalisme que même Kadhafi n'a pas su dompter. On l'a vu avec l'affaire des infirmières bulgares. Il y avait là-bas des groupes très durs qui s'opposaient à toute libération. Il faut être très prudent dans nos analyses."
Mais c'est le ministre allemand Guido Westerwelle qui a été le plus critique en accusant la France de faire le jeu du colonel Kadhafi : "Nous ne voulons pas alimenter les moulins de la propagande de la famille Kadhafi qui clame dans tous le pays que l'Occident est coupable d'impérialisme, alors que ce n'est pas le cas."
Actions militaires ?
Il n'y a eu personne autour de la table pour défendre la proposition d'Alain Juppé de copier l'exemple français. "Les réactions ont été réservées, voire carrément négatives", résume le Belge Steven Vanackere. Nicolas Sarkozy pourra se consoler avec le vote d'une résolution du Parlement européen jeudi, qui, sans aller jusqu'à la demande d'une reconnaissance immédiate, appelle les capitales à "entamer le processus" menant à une reconnaissance officielle.
Le président français aura-t-il plus de succès vendredi, lorsqu'il présentera aux autres dirigeants européens à Bruxelles ses propositions pour des actions militaires en Libye ? Selon plusieurs sources, Nicolas Sarkozy travaillerait à de nouvelles options militaires, maintenant que l'hypothèse de l'instauration d'une zone d'exclusion aérienne s'éloigne, pour cause notamment de veto russe et chinois au Conseil de sécurité de l'ONU.
"Nous agissons en soutien"
Paris pourrait proposer à ses partenaires, et principalement au Royaume-Uni, de procéder à des "frappes ciblées et extrêmement limitées" en Libye, à condition d'obtenir non seulement le feu vert de la Ligue arabe, mais aussi la participation active de certains de ses membres. "Une opération militaire ne doit pas être perçue comme une attaque de l'Occident blanc et chrétien", indique un diplomate.
Raison pour laquelle la ministre des Affaires étrangères de l'UE Catherine Ashton ira ce week-end au Caire pour rendre compte à la Ligue arabe des débats entre dirigeants européens. "Je suis en contact permanent avec la Ligue arabe, affirme-t-elle. Le monde arabe doit prendre les rênes de son avenir politique. Nous, nous agissons en soutien."
Quelle légitimé pour une action militaire ? “Quelle est la légitimité de deux puissances, le Royaume-Uni et la France, pour prendre une action aussi forte, avec autant d’impact possible, sans mandat des 191 autres ?“, s'est interrogé l’ancien ministre de la Défense Alain Richard, vendredi sur Europe 1.
Rapport de FMI sur la Libye ....
Le Canard enchaîné relate l’existence d’un rapport positif du Fonds économique international (FMI) sur la situation économique de la Libye, publié le 15 février sur le site de l’institution, six jours après le début des émeutes à Benghazi.
Un document «bourré comme il se doit de données chiffrées et de statistiques» mais surtout «surréaliste», selon l’hebdomadaire satirique, puisqu’il «ne cesse de féliciter le colonel Kadhafi et son gouvernement pour la qualité de leur gestion budgétaire et pour les réformes déjà entreprises», notamment grâce à la manne issue de la hausse des cours du pétrole. Et ne profère à l’adresse du régime qu’un seul conseil («favoriser l’emploi des jeunes») et un seul reproche («ne pas privatiser assez vite les banques et le marché local des capitaux»).
Au-delà du fonctionnement du FMI en lui-même, cette affaire de rapport a bien entendu une résonance particulière en France, toute entière résumée dans la chute de l’article du Canard enchaîné:
«Ses conclusions ont été transmises aux autorités libyennes après avoir été résumées (“summarizes”) par le managing director du FMI. C’est-à-dire, en bon français, par son directeur général, un certain Dominique Strauss-Kahn.»
En novembre 2008, ce dernier s’était rendu en Libye pour participer à une conférence sur l’intégration économique du Maghreb et avait rencontré Mouammar Kadhafi. A l’issue de ce déplacement, il avait pointé les «réformes ambitieuses des dernières années» avant de conclure:
«Nos entretiens m'ont convaincu que le programme de réforme de la Libye continuera à un rythme soutenu dans le but de réaliser une croissance encore plus élevée et d'améliorer le niveau de vie de la population.»
From : le Point , la Dépêche , Reuters , Slate,...