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Des médicaments dans les supermarchés ?

L'Autorité de la concurrence le préconise pour les médicaments non remboursables.

La proposition. Pourra-t-on bientôt acheter son aspirine au supermarché ? Il n'y a pas de projet de loi dans les cartons, mais un nouveau rapport de l'Autorité de la concurrence le préconise. Comme la commission Attali en 2008, l'organisme recommande de libéraliser le secteur des médicaments non remboursables pour que ces derniers soient aussi commercialisés dans les rayons des grandes surfaces. Ce serait une nouvelle révolution pour le secteur, après celle qui commence vendredi, avec le début de la vente de médicaments sur les sites Internet des pharmacies.

Pourquoi des médicaments en rayon ? La vente de médicaments en France, monopole des pharmacies, est soumise à des "points de blocage" qui empêchent une véritable baisse des prix, juge l'Autorité de la concurrence. Celle-ci met en cause "un certain nombre de pratiques de la part des laboratoires pharmaceutiques". Résultat, le prix des médicaments non remboursables, qui est fixé librement, varie fortement d'une pharmacie à l'autre, "de 1 à 4 selon les officines".

Une ouverture partielle du monopole des pharmacies "permettrait aux consommateurs de bénéficier de tarifs plus attractifs pour leurs achats de médicaments d'automédication", argumente l'Autorité de la concurrence.

 
Une "incitation à la consommation" ? Cette proposition est un non-sens, tempête Gilles Bonnefond, président du syndicat majoritaire des pharmaciens d'officines USPO : "on dit qu'en France, on consomme trop de médicaments et en même temps, des gens expliquent qu'il faut [les] mettre dans le lieu où tout est fait pour surconsommer : la grande distribution. Votre pharmacien vous connaît bien, il vous conseille des médicaments compatibles avec vos traitements et il ne vous pousse pas à la consommation, c'est ça qui est important", peste-t-il.

 

Même acheter du paracétamol en supermarché est risqué, souligne le pharmacien. "Les conditionnements dans les pharmacies sont très limités, à 8 comprimés. Quand ces médicaments se retrouvent en grande surface, on voit des conditionnements de 100 comprimés." De quoi pousser à la consommation. Or, "le paracétamol est un médicament", rappelle-t-il. "Ça peut provoquer une insuffisance rénale. Il doit être utilisé dans de bonnes conditions et avec les conseils d'un professionnel de santé."

"C'est pour ça que les médicaments sont réservés aux pharmacies", résume Gilles Bonnefond. "Pas pour protéger un marché mais simplement parce qu'on sait que si c'est mal utilisé, ça peut être grave."

 

 

La bataille des pharmacies sur Internet
Le pharmacien qui a ouvert le premier site de vente de médicaments en ligne a déposé un recours pour lever les barrières imposées par le droit français.
C'est une bataille feutrée mais sans pitié que révèle Le Figaro. Phillipe Lailler, pharmacien à Caen et pionnier de la vente de médicaments sur Internet, a décidé d'attaquer l'ordonnance prise in extremis le 19 décembre par François Hollande, quinze jours avant l'échéance fixée par l'Europe, sur l'encadrement de la vente de médicaments sur Internet. À sa demande, le cabinet d'avocats Apéry & Associés a déposé le 18 janvier un recours pour excès de pouvoir devant le Conseil d'État. «En créant des limites qui n'étaient pas prévues par la directive européenne sur le sujet, la France ne respecte pas le droit européen», explique l'avocate Virginie Apéry-Chauvin.
La France a notamment décidé que seuls les médicaments figurant sur une liste limitative, dite «de médication officinale», pourront être vendus sur Internet. Celle-ci est fixée par l'Agence du médicament (ANSM). Une restriction qui ne figure pas dans le texte européen. En fait, cette liste ne concerne pas qu'Internet puisqu'elle fixe aussi les médicaments que les pharmaciens peuvent laisser «en accès libre» dans leur pharmacie.


La comparaison des prix facilitée Mais une liste limitative est-elle légale? C'est toute la question que pose aujourd'hui le recours pour excès de pouvoir. De la décision du Conseil d'État dépendront les médicaments que les Français pourront acheter sur Internet. À condition que le gouvernement ne lui coupe pas l'herbe sous les pieds en légiférant rapidement, avant qu'il n'ait pu se prononcer. Pour l'instant, le pharmacien de Caen continue de vendre sur Internet des médicaments ou tests qui ne sont pas interdits par le droit européen, même s'ils ne figurent pas sur la liste franco-française des médicaments officinaux que l'on peut obtenir sur Internet. Par exemple des tests de grossesse, sur lesquels les marges des pharmaciens, et donc les prix pratiqués, sont très variables d'une pharmacie à l'autre. «C'est vrai que la vente sur Internet facilite la comparaison des prix pratiqués, ce qui ne plaît pas à tout le monde», remarque Phillipe Lailler.


Il affirme pourtant avoir été surpris par la levée de boucliers qu'a suscitée l'ouverture de la vente de médicaments sur le site de sa pharmacie le 14 novembre dernier. «J'aimerais que l'on se réunisse avec les syndicats et les pharmaciens qui ont démarré une activité de vente de médicaments sur Internet pour en discuter», confie-t-il au Figaro. À vrai dire, l'ambiance n'est pas vraiment à la discussion confraternelle. Philippe Lailler serait visé par une dizaine de plaintes qui ont été examinées mercredi et jeudi par le conseil régional de l'ordre des pharmaciens de Basse-Normandie.


La crainte de la fraudePour Isabelle Adenot, présidente du Conseil national de l'Ordre des pharmaciens (Cnop), «la vente par Internet ne supprime aucune des obligations habituelles du pharmacien»: conseil, confidentialité, continuité des soins, etc. Ils devront d'ailleurs être titulaires d'une officine «réelle» et disposer d'une autorisation en bonne et due forme accordée par l'Agence régionale de santé. Les internautes pourront aisément le vérifier car une liste officielle des sites autorisés figurera sur le site du Cnop. Les syndicats de pharmaciens sont tout aussi exigeants dans l'attente d'un arrêté ministériel qui devrait préciser les modalités de bonne pratique. Responsable de la communication de la Fédération des syndicats pharmaceutique de France, Jean-Luc Audhoui, pharmacien à Versailles, craint «l'apparition de faux sites» et une «incitation à la surconsommation de médicaments». Pascal Brossard, président de l'Association française de l'industrie pharmaceutique pour une automédication responsable, est prudent: «Les gens ont besoin du conseil du pharmacien. Même pour une cystite ou une migraine, il doit pouvoir orienter vers un médecin lorsqu'il le juge utile.»


Des craintes certes légitimes mais la réalité est que des sites étrangers de vente de médicaments existent déjà sur Internet. Pour Laurence Silvestre, pharmacien à Domène (Isère), qui possède un site de vente par Internet adossé à sa pharmacie, «il serait ridicule de limiter les sites de pharmaciens installés en France et de laisser proliférer des sites belges ou autres dont on ne sait rien!» Virginie Apéry-Chauvin se veut rassurante: «Théoriquement, les sites étrangers de vente en ligne doivent respecter la loi française.» De même qu'un pharmacien français qui vendrait des médicaments vers l'étranger se doit de respecter la loi du pays destinataire.
Entrave à la libre circulation des marchandisesCar s'il existe un vide juridique français, ce n'est pas le cas au niveau européen. En effet, depuis 2003, un arrêt de la Cour de justice des communautés européennes rappelle aux États membres qu'une interdiction absolue de vente de médicaments par correspondance constitue une entrave à la libre circulation des marchandises. Surtout, une directive européenne du 8 juin 2011 insiste pour que, à l'exception des médicaments soumis à prescription (ceux pour lesquels l'ordonnance du médecin est obligatoire), «les États membres veillent à ce que les médicaments soient offerts à la vente à distance au public». Avec seulement 455 médicaments «vendables en ligne», d'après la liste de l'Agence du médicament, la France y veille pour l'instant a minima.

 

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INTERVIEW - Michel-Édouard Leclerc appelle de ses vœux une ouverture du monopole des officines. L'Autorité de la concurrence a ouvert une brèche mercredi au nom de «tarifs plus attractifs» pour les consommateurs.

 
Michel-Édouard LECLERC. - C'est une avancée considérable, car cette décision ouvre une période de consultation au-delà des querelles corporatistes en mettant l'intérêt des consommateurs au centre. Nous ne contestons pas le monopole de la profession mais celui des officines. La France est le dernier pays avec la Belgique et l'Espagne à refuser l'ouverture de ce monopole. Tout cela est obsolète. En ces temps de faible pouvoir d'achat, on pourrait faire l'économie des surmarges de certaines officines. Les centres E. Leclerc sont prêts à le faire en France.

 

Quelle serait la légitimité d'une enseigne de distribution auprès des consommateurs?

Il ne s'agit pas pour nous de vendre des médicaments au milieu des crèmes solaires mais sous le contrôle de docteurs en pharmacie, comme nous le faisons déjà en Italie. Nous pensons que nous pouvons les vendre meilleur marché. Ce n'est pas pour les centres E. Leclerc un enjeu de chiffre d'affaires! Dans un marché estimé à 2 milliards d'euros en France, la vente de médicaments sans ordonnances nous rapporterait 200 millions d'euros alors que nous réalisons un chiffre d'affaires de 32 milliards d'euros dans l'Hexagone. L'objectif pour nous est un gain de pouvoir d'achat pour les consommateurs face à des écarts de prix allant de un à trois entre certaines pharmacies. Des groupes de pharmaciens nous sollicitent aujourd'hui pour se mettre sous l'enseigne Leclerc en cas de libéralisation du marché.

 

Pourquoi avez-vous érigé la santé comme l'une de vos priorités pour l'avenir?

Les dépenses de santé, qui sont en plein développement avec le vieillissement de la population, obèrent considérablement le portefeuille des consommateurs. À partir de nos parapharmacies, nous souhaitons créer de véritables centres de distribution de santé, qu'il s'agisse de produits, de soins (prises de sang…) ou de conseils. Nous pourrions le faire en partenariat avec des institutions publiques et être, pourquoi pas, le relais du système hospitalier. Nous n'y sommes pas encore! C'est un projet à horizon dix ans.

 

From : Europe 1, Figaro,....

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Tag(s) : #Economie Commerce Finances Monnaie
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