Trois études de Lucian Freud a été adjugé mardi 142,4 millions de dollars par Christie's à New York.
Le triptyque du peintre britannique Francis Bacon consacré à Lucian Freud a été vendu 142,4 millions de dollars mardi à New York, devenant l'oeuvre d'art la plus chère au monde, a annoncé la maison Christie's. "Trois études de Lucian Freud" a été "adjugée après six minutes d'âpres enchères dans la salle et au téléphone", a précisé Christie's, à qui revenait le privilège de la première mise aux enchères de ce triptyque .
Des enchères folles à New York
"C'est dingue…". Le commentaire est d'un connaisseur, le marchand d'art Andrew Fabricant. Il concerne la vente d'art d'après guerre organisée par Christie's à New York mercredi 14 novembre. La veille, celle de Sotheby's avait battu le record d'une vacation depuis la fondation de la maison en 1744, avec un total de 375,2 millions de dollars (293 millions d'euros). Christie's a fait mieux : 412,3 millions de dollars (323 millions d'euros), du jamais vu dans cette catégorie. Et ce, rappelle l'agence de presse Bloomerg, le jour même où la bourse de New York perdait 240 milliards de dollars.
"C'est dingue" doit être aussi l'avis de Judd Tully, l'un des meilleurs spécialistes du marché de l'art, qui titre ainsi son article dans Art&Auction, et développe la pensée d'Andrew Fabricant : "Par rapport à ce qui arrive dans le monde, c'est une anomalie bizarre et je la trouve tristement inquiétante. Ces prix mettent la barre de plus en plus haute pour tout le monde..."
La barre désormais, pour un Franz Kline – Untitled, une toile abstraite peinte en 1957 –, est de 40,4 millions de dollars (31,5 millions d'euros), record du monde pour l'artiste. Pour un Jeff Koons – Tulips, une sculpture monumentale en acier poli puis laqué exécutée en 2004 –, il faut compter 33,6 millions de dollars (26,2 millions d'euros), record aussi. Pour Basquiat – Untitled, un tableau très coloré de 1981 –, 26,4 millions de dollars, record toujours. Ils sont huit ainsi à avoir vu exploser leur côte mercredi soir.
Et Statue of Liberty, une toile dans laquelle Andy Warhol avait tenté en 1962 la 3D (des lunettes spéciales étaient jointes au catalogue de la vente) a été le clou de la soirée, avec 43,8 millions de dollars. Sur 67 œuvres proposées, 6 ont dépassé les 20 millions de dollars. Cette folle semaine d'enchères s'achève, jeudi 15 novembre, avec la vente de la maison Philips de Pury, qui s'annonce toutefois plus modeste.
Edvard Munch écrasé. Accueillie par de vifs applaudissements dans la salle, cette vente écrase le précédent record de 119,9 millions de dollars décroché pour la célèbre peinture "Le Cri" de l'artiste norvégien Edvard Munch, mise aux enchères en mai 2012 à New York par la maison concurrente, Sotheby's. Le rare triptyque, exécuté près de 25 ans après la rencontre entre Bacon et Freud, est la vente individuelle la plus chère réalisée durant toute la saison des enchères de New York de novembre. L'identité de l'acheteur n'a pas été révélée.
Jeff Koons s'envole aussi. Le précédent record pour une peinture de Bacon était de 86 millions de dollars en 2008. Juste après la mise aux enchères de l'oeuvre de Bacon, Christie's a décroché un autre record avec la vente de la sculpture géante orange de chien "Balloon Dog" de Jeff Koons, adjugée pour 58,4 millions de dollars, un record pour la vente d'une oeuvre d'un artiste encore en vie.
Conseiller des grands collectionneurs de l'art contemporain, cet expert analyse les résultats de la vente du 12 novembre, où le total des enchères, 700 millions de dollars, dépasse le jamais vu.
Après avoir dirigé le département international d'art contemporain de Christie's, Philippe Segalot est devenu l'un des conseillers les plus influents dans le monde. Il compte François Pinault, propriétaire de cette firme, parmi ses clients. Il analyse en exclusivité pour Le Figaro les résultats du 12 novembre au soir.
LE FIGARO - A chaque saison, l'art contemporain franchit ce que l'on croyait être un palier, pour atteindre mardi soir, la somme stratosphérique de près de 700 millions de dollars pour 63 lots en moins de deux heures. Comment expliquer vous cette surenchère?
PHILIPPE SEGALOT - Il y a de plus en plus de nouvelles fortunes dans le monde et ces nouveaux acheteurs sont très ambitieux et très compétitifs. Or il est possible d'avoir accès au chef-d'oeuvres des artistes de la deuxième partie du XXe siècle ce qui n'est plus le cas pour les tableaux anciens, impresionnistes et modernes dont la plupart sont dans les musées. C'est donc dans le domaine de l'art contemporain que se joue cette compétition effrénée.
On est au-delà de la réalité, comme si l'argent était virtuel. Pourquoi se porte-t-il sur l'art contemporain?
L'art contemporain offre beaucoup d'avantages. D'abord le plaisir de vivre avec les oeuvres de son époque. Un style de vie car les collectionneurs organisent leur emploi du temps autour des grandes expositions comme la Biennale de Venise, des foires internationales comme Bâle ou la Fiac ou des ventes publiques dans le monde. L'art contemporain donne un statut et il peut être un moyen de communication. Il peut aussi s'avérer être un très bon investissement.
En dix ans, le marché a changé de physionomie. Il est de plus en plus global et, en même temps, il n'y a qu'une poignée d'acheteurs à ce niveau de prix très élevé. Qu'en pensez-vous?
Il y a deux marchés. Celui des oeuvres exceptionnelles comme le tryptique de Bacon adjugé mardi soir 147, 4 millions de dollars où se dipsute une poignées de grands acheteurs internationaux. Ils sont bien sûr Européens et Américains mais le marché s'est ouvert à de nouveaux acteurs venant d'Asie, d'anciennes républiques soviétiques, du Moyen-Orient ou d'Amérique du Sud. Mais il y a aussi le marché des oeuvres plus courantes et celui-ci est tiré vers le haut par le premier. C'est comme la Haute Couture et le prêt à porter.
Il y a les noms qui vont entrer dans l'histoire de l'art et ceux qui finiront dans l'oubli. Pour Francis Bacon, le record paraît justifé mais Jeff Koons, devenu mardi soir chez Christie's l'artiste vivant le plus cher, est il autre chose qu'une mode?
Oui. Jeff Koons restera dans l'histoire de l'art car il est l'un des artistes les plus créatifs et représentatifs des années 80-90, comme Warhol l'était pour les années 60. Son lapin en acier, sa panthère rose ou son portrait de Michael Jackson en procelaine,son «Puppy» en fleurs vu à Versailles et son Balloon Dog vendu au prix record de 58, 4 millions dollars hier soir sont des images qui sont rentrées dans la mémoire collective.
Mais à ce niveau on ne parle plus d'art mais d'argent. L'art contemporain est-il devenu simplement spéculation, une valeur refuge, plus rentable que les placements boursiers?
Même si l'art doit rester un plaisir, à ce niveau de prix, il est impensable pour un acheteur ne pas prendre en considération le côté financier. On parle beaucoup des prix record. L'art s'est avéré être un très bon investissement à condition de choisir les bonnes pièces des bons artistes. Le risque peut aussi être très grand quand ce n'est pas le cas. Chaque génération ne produit qu'un nombre restreint de bons artistes.
Comme la Bourse, cette bulle peut-elle éclater un jour? Quels sont alors les artistes qui pourraient réchapper d'un krach?
Le marché de l'art a connu des corrections régulières comme ce fut le cas en décembre 1990 après la guerre du Golfe, en 2001 après les attentats du 11 septembre ou en 2008 avec la crise financière. Et il y en aura d'autres. Ceci dit, le marché est plus large et plus global aujourd'hui ce qui pourrait le maintenir fort pendant plusieurs années encore. Par contre, des corrections internes interviendront car les goûts changent et la plupart des artistes à la mode aujourd'hui seront remplacés par ceux de demain. Ceux qui resteront dans l'histoire sont les vrais précurseurs, ceux qui ouvrent des portes, ceux qui influencent la future génération. A côté de Jeff Koons, il y a Jean-Michel Basquiat, Cindy Sherman, Felix Gonzalez-Torres, Christopher Wool ou David Hammons.
Et les Français dans tout cela?
Il y a une nouvelle génération d'artistes français formidables dont Philippe Parreno et Pierre Huygue qui ont d'ailleurs chacun une actualité à Paris. Ce sont peut-être des artistes plus difficiles à appréhender car leurs modes d'expression est la vidéo, un art plus complexe à installer dans un intérieur privé. Leur ascension sur le marché est donc plus lente.
Pourquoi Francis Bacon est devenu le peintre le plus cher du monde
Record pour une toile. Ou plutôt trois. Le triptyque du peintre Francis Bacon a été adjugé pour 142 millions de dollars. C'est l'oeuvre d'art la plus chère du monde. Pourquoi ?
"Three Studies of Lucian Freud", c'est le nom donné par Francis Bacon a ce triptyque devenue ce mercredi 13 novembre l'ouvre d'art la plus chère du monde.
Pourquoi Francis Bacon (1909-1992) est-il devenu le peintre le plus cher du monde ? La vente de ses "Trois études de Lucian Freud", qui s’est tenue à New York chez Christie’s ce 12 novembre, a été savamment orchestrée.
Dès le 11 octobre, la maison de vente Christie's (propriété de François Pinault) annonçait que ce triptyque était une "icône de la peinture moderne du XXe siècle". Fait exceptionnel, l’œuvre (jamais montrée au Royaume-Uni) a été exposée à Frieze, la foire d’art moderne et contemporain londonienne entre le 13 et 18 octobre. Déjà, on annonçait que la barre des 100 millions de dollars pourrait être dépassée.
Ce triptyque (dont il existe une seconde version) a connu une drôle de vie. La notice du catalogue de Christie’s nous apprend en effet que ses trois panneaux ont été démembrés : le premier a connu cinq propriétaires, le second quatre, le troisième trois. Seule la galerie Gallatea à Turin a possédé en 1970 le triptyque dans son entier. Et c’est visiblement elle qui a choisi de les vendre par la suite séparément à des collectionneurs parisien, japonais, romain.
Pourquoi la cote de Bacon explose
Comment expliquer une telle explosion de la cote de Bacon ? Depuis plusieurs années déjà, le peintre britannique est un habitué des records (en 2008, son "Triptych" était adjugé plus de 80 millions de dollars). Personnage sulfureux, Bacon n’a jamais caché son admiration pour Velázquez, Picasso ou Van Gogh. Ami du peintre Lucian Freud (avec lequel il finit par se brouiller), il est le peintre d’une violence qui s’exprime dans des compositions vivement colorées et hantées par des personnages dont les visages paraissent comme disloqués.
A l’évidence, Francis Bacon bénéficie d’un effet de mode et de l’actuelle situation du marché de l’art, qui voit les grosses fortunes investir massivement dans les "top lots", considérés comme des valeurs refuges. La marchandise se faisant rare (les chefs-d’œuvre ne courent pas les rues, beaucoup appartiennent à des musées ou sont en mains privées), les prix augmentent automatiquement.
Les grands acheteurs veillent à maintenir eux-mêmes le niveau du marché
Reste que ces sommets n’en demeurent pas moins des exceptions. Si les cotes de Picasso, Jeff Koons, Gerhard Richter se maintiennent à des niveaux stratosphériques, nombre d’autres artistes doivent se contenter de destins bien plus modestes. En cela, ils sont tributaires d’un marché où tout le monde se tient par la barbichette, la plupart des grands collectionneurs (quelques centaines à travers le monde) veillant à maintenir eux-mêmes par le biais des enchères les cotes du marché des artistes dont ils possèdent des œuvres.
Quant aux spéculateurs, ils sont rarement les bienvenus : l’art est un marché à long terme. La galerie new yorkaise Acquavella qui vient d’acquérir les "Trois études Lucian Freud" a sans doute agi pour le compte d’un client. Un client qui devra se montrer patient avant de récupérer sa mise…
Le Pink Star, un diamant rose de 59,60 carats, a été adjugé à 83 millions de dollars à Genève, un record mondial pour une pierre précieuse.
83 millions de dollars. Soit 61,6 millions d'euros. Le Pink Star, un diamant exceptionnel, a été adjugé bien au-délà de sa valeur estimée (60 millions de dollars), ce mercredi à Genève, lors d'une vente organisée par la maison Sotheby's.
Cette pierre précieuse, qui pèse 11,92 grammes, a été découverte quelque part en Afrique du Sud par De Beers en 1999.
En cinq minutes
L'homme qui a emporté la mise, présent dans la salle de vente, a refusé de révéler l'identité de l'acheteur qu'il représentait.
Il a eu le dernier mot contre un autre enchérisseur qui était au téléphone, en seulement cinq minutes d'enchères intenses.
Le précédent record mondial pour une pierre précieuse avait été établi il y a trois ans, déjà chez Sotheby's. Le Graff Pink s'était vendu 46,2 millions de dollars (34 millions d'euros).
From : le Figaro , NouvelObs ,.le Monde,.......