Les députés médecins, enquête dans un petit monde
Ils sont à la fois élus et professionnels de la santé. On les consulte, on les sollicite. Et, alors que le projet de loi sur la Sécurité sociale va être discuté, les lobbys cherchent à les séduire.
Y a-t-il un médecin dans la salle? Au cinéma, la phrase fait de l'effet ; à l'Assemblée, elle est inutile. Vous n'auriez pas le temps de prononcer un mot que, déjà, une poignée de sauveurs se porteraient au chevet du malade. Ils sont 26 députés-médecins, une quarantaine si l'on prend en compte l'ensemble des professions de santé.
Le Palais-Bourbon n'a rien d'un désert médical. Un bobo, et il suffit de pousser la porte de son voisin de bureau. "La conversation s'engage dans un hall ou à la buvette, raconte Jean-Pierre Door, député UMP du Loiret et cardiologue. Souvent, mes collègues veulent un second avis, parfois un rendez-vous avec un spécialiste." Mais ces médecins n'auscultent pas. "Je ne mets personne à poil dans mon bureau, plaisante Pierre Morange, généraliste de formation et élu UMP des Yvelines. Je rédige parfois des ordonnances d'appoint, mais je fais surtout du conseil, comme lorsque j'ai suggéré un traitement à un collègue, qui souffrait du coude chaque fois qu'il serrait une main." Le tennis-elbow du politique. Seul Bernard Debré, député UMP de Paris et urologue reconnu, se vante d'avoir opéré des collègues parlementaires, "une cinquantaine, de droite comme de gauche".
Les ministres profitent aussi de cette offre de soins. Le cardiologue Jean Leonetti, député UMP des Alpes-Maritimes, se souvient de l'un d'entre eux, durant le second mandat de Jacques Chirac, victime, sous ses yeux, d'un malaise : "Il souffrait d'arythmie et ne voulait pas se rendre à l'hôpital parce qu'il lui fallait assumer un agenda surchargé. J'ai obtenu qu'il soit admis aux urgences sans passer par la salle d'attente, en toute discrétion." Les huissiers de l'Assemblée, les administrés en mairie, la famille des élus consultent aussi. Comme la petite-fille de ce député, qui attend dans les cuisines de la questure que le collègue médecin généraliste de son grand-père vienne examiner le bouton qu'elle a sur la main.
« Les administrés sortent parfois du bureau de Jean Leonetti en lançant : "Merci, docteur." »
Plus d'un siècle après Le Docteur Pascal, de Zola, le médecin reste un notable de province, toujours bienvenu à la chambre des députés. "Dans une société en manque de repères, nous restons des professions respectées, analyse Philippe Nauche, anesthésiste-réanimateur et député PS de la Corrèze. Nous bénéficions d'une bonne réputation, d'un bon réseau." Par exemple, l'ORL Bernard Accoyer, élu UMP de la Haute-Savoie, confie que le fichier de ses patients compte... 50 000 noms. De quoi expliquer des performances politiques impressionnantes. En 2007, en pleine vague bleue à la suite de l'élection de Nicolas Sarkozy, Philippe Nauche réussit la prouesse de reprendre sa circonscription à la droite. L'année suivante, il arrache la mairie de Brive, bastion de la droite depuis 1966. "Dans l'esprit des habitants, je suis parfois médecin avant d'être politique. En 1997, à la fin d'une réunion, une vieille dame se lève et commence à me parler de son problème de genou", raconte, souriant, l'élu corrézien. Du côté d'Antibes, les administrés sortent parfois du bureau de Jean Leonetti en lançant : "Merci, docteur."
Le député-médecin endure et dure. Les séances de nuit ? Une formalité pour les urgentistes. Les moments de tension, qui nécessitent du sang-froid ? La routine pour les chirurgiens. Ces politiques ont naturellement une longueur d'avance pour traiter des questions de santé. "Les députés qui découvrent pour la première fois un projet de loi de financement de la Sécurité sociale [PLFSS] sont paumés", assure Dominique Tian, élu UMP des Bouches-du-Rhône et directeur de cliniques privées. "Les spécialistes de la santé forment un petit monde", ajoute l'ancien député des Deux-Sèvres Dominique Paillé. Ils se retrouvent, pour la plupart, au sein de la commission des Affaires sociales, qui répartit le travail en mini-sous-groupes.
Les lobbys collent au plus près les députés
Les lobbys l'ont bien compris. Ils savent repérer les députés leaders et les évaluer en permanence : Jean-Pierre Door siège à la commission des Affaires sociales matin, midi et soir. Tout le monde le sait gros bosseur, connaissant parfaitement le milieu. "S'il défend un amendement, les autres suivent", confirme un parlementaire. La phrase se conjugue désormais à l'imparfait ; depuis l'affaire du Mediator, l'étoile de l'élu du Loiret, fief de Servier, a pâli. A gauche, on lui a collé l'étiquette de "député labo".
Pour maintenir à jour cette cartographie, les cabinets de lobbying recrutent d'ex-collaborateurs de parlementaires ou de ministres. Jacques Servier, patron des laboratoires du même nom, s'en était fait une spécialité. Il a notamment offert l'hospitalité à l'ancien député RPR Michel Hannoun et aux anciens ministres Jean-Bernard Raimond (RPR) et Henri Nallet (PS).
La pratique est également courante dans les syndicats professionnels. Le directeur général du LEEM (Les Entreprises du médicament), Philippe Lamoureux, est un ancien des cabinets Aubry et Kouchner. Claude Bougé, autre cadre du LEEM, fut notamment conseiller au cabinet de Philippe Séguin, alors ministre des Affaires sociales.
Jean-Paul Guilloteau/L'ExpressLa commission des Affaires sociales de l'Assemblée est le lieu de rencontres des experts de la santé.
Ce petit monde vit au rythme de la saison budgétaire. A la fin de septembre ou au début d'octobre, les députés-médecins sont particulièrement sollicités. Ils reçoivent des dizaines d'e-mails, d'invitations, de coups de fil, pour des colloques, des déjeuners ou des voyages. Dès que la date de début d'examen du PLFSS est connue, chacun cherche à placer son amendement. "Nous recevons des messages jusqu'au dernier moment, le jour de la discussion d'un article", soupire la collaboratrice d'un élu, qui appréhende les semaines à venir. Les mieux organisés s'y prennent à l'avance. "Les grands lobbys savent y faire. Ils invitent les bonnes personnes à trois, quatre ou cinq repas sans rien leur demander. Quand ils ont besoin d'eux, ils les "activent"", décrypte Catherine Lemorton, députée PS de la Haute-Garonne et présidente de la commission des Affaires sociales.
Députés et lobbyistes, tous à table
Ce long travail d'approche se réalise non dans l'enceinte du Palais-Bourbon, mais lors de rencontres informelles. Le plus pratique reste le "club parlementaire", qui, malgré son nom, n'a rien d'officiel. C'est le cas du club Hippocrate, qui a fonctionné en 2010 et 2011. Toutes les six semaines, ses deux coprésidents, Gérard Bapt (PS) et Jean-Pierre Door (UMP), invitaient certains de leurs collègues à déjeuner au restaurant Chez Françoise, à deux pas de l'Assemblée, pour y entendre des experts des questions de santé. Témoignage de Gérard Bapt : "J'ai été contacté par Jean-Pierre Door pour le rejoindre, ce n'est que plus tard que je me suis demandé qui payait tous ces déjeuners. J'ai découvert un peu par hasard qu'il y avait Glaxo-SmithKline [GSK], je me suis senti piégé." "Il s'agissait uniquement d'informer", répond Grégoire de La Roncière, à l'origine de ces tables rondes. La Générale de santé, Malakoff Médéric et GSK mettaient au pot : sur la question "Traiter les maladies ou soigner les systèmes ?" un groupe de cliniques privées, une complémentaire santé et retraite et un laboratoire international sont-ils les plus indiqués ? Pour preuve de sa bonne foi, Grégoire de La Roncière exhibe les comptes rendus des déjeuners, où les partenaires sont mentionnés. "Nous avons eu la naïveté de penser que si nous étions transparents on ne nous reprocherait rien", répond-il, la mine accablée par la suite des événements.
Le tournant du Mediator
En 2010, l'opinion publique découvre que le Mediator, un médicament des laboratoires Servier, a causé des centaines de morts et que Jacques Servier a joué de ses relations avec les politiques pour poursuivre son commerce. L'industriel possède même un "cercle Hippocrate", où il répand sa bonne parole. Un homonyme presque parfait du club créé par Grégoire de La Roncière, qui proteste : "Il n'avait rien à voir avec nous. Leur organisation était complètement opaque, on n'en connaissait pas les participants, les réunions n'étaient pas annoncées." Avec l'affaire du Mediator, les premiers articles paraissent et mettent dans le même sac le club et le cercle. Les élus réunis par La Roncière, effarouchés, disparaissent dans la nature. Les entreprises partenaires se retirent, fâchées d'avoir vu leur image salie.
Jusqu'en 2010, le secteur pharmaceutique invite à tour de bras. Daniel Vial, lobbyiste dans le domaine de la santé, crée les Rencontres de Lourmarin, dans le Luberon, où les ministres croisent les professionnels. Paul Boury multiplie déjeuners et colloques. L'ancien sénateur UMP Alain Vasselle, membre du club Hippocrate, raconte : "Je participais aux rendez-vous d'Hippocrate, j'assistais, 8 fois sur 10, à ceux organisés par Paul Boury. De toute façon, ils se faisaient concurrence. Quand Boury constatait que je participais à un colloque concurrent, il m'appelait pour savoir pourquoi je ne l'avais pas fait avec lui." Le scandale Servier calme les ardeurs. Yves Bur constate : "Juste après le Mediator, le LEEM ne déposait plus d'amendements. Ils étaient tétanisés."
L'avènement du "lobbying propre"
Momentanément. Sous la pression de l'Assemblée, les activistes professionnels se remettent au lobbying "propre". Enfin, en apparence. Invité par un lobby à une réunion sur le thermalisme, Christian Hutin (MRC), député du Nord, n'en revient toujours pas : "Le carton était classieux et mentionnait le parrainage d'un député. J'arrive sur place. De charmantes hôtesses m'accueillent. Au bout de quelques minutes, je réalise qu'il s'agit en réalité d'une réunion organisée par les casinos des villes thermales pour évoquer le projet de paris en ligne... On était loin de la santé publique."
Le procédé est le même pour les courriers adressés aux parlementaires de la santé. Catherine Lemorton, présidente de la commission des Affaires sociales, les conserve tous dans une armoire, classés par catégories (tabac, agroalimentaire, vins...). La plupart du temps, ils se présentent comme des plaquettes d'information. "Prenons le cas de cette étude sur l'alcoolisation. Le graphisme rappelle celui des documents de l'Institut de veille sanitaire, organisme public. En réalité, l'étude est financée par l'Ireb, Institut de recherches scientifiques sur les boissons, qui représente les sociétés productrices et distributrices d'alcool."
C'est la stratégie des faux nez. Les multinationales ne contactent plus les députés, mais confient cette tâche à des cabinets de conseil. Qui prennent leur rôle tellement au sérieux qu'ils sont parfois eux-mêmes les commanditaires d'opérations... "Un député m'a raconté qu'il avait été sollicité par l'un de ces cabinets pour adresser des courriers à une entreprise du secteur de la santé afin de la convaincre de financer un colloque", témoigne Bérengère Poletti, députée UMP des Ardennes. Pascal Tallon, directeur général de Boury, Tallon & associés, important cabinet de lobbying, confirme l'existence d'une telle pratique dans le milieu, mais assure l'avoir bannie depuis trois ans. Aujourd'hui, c'est à qui sera le plus vertueux.
Les yeux des lobbys se posent partout
M&M conseil, propriété du cabinet Boury et Tallon, a par exemple créé les Rencontres parlementaires, qui se veulent des événements d'envergure, loin des conclaves confidentiels. A la tribune, des ministres, des députés connus et reconnus, des représentants des sociétés mécènes de l'événement débattent d'un thème proche d'un projet de loi bientôt examiné par l'Assemblée. L'emballage est soigné, particulièrement sur Internet. Ainsi, lorsqu'on se renseigne sur ces Rencontres parlementaires via Google, on tombe rapidement sur une page de l'encyclopédie Wikipédia, où l'on apprend que "ces conférences et sommets de haut niveau" sont organisés "à l'initiative d'un ou plusieurs parlementaires". Les termes "règles" et "déontologie" sont bien mis en valeur. Les déontologues de l'Assemblée et du Sénat suivent "étroitement" ces Rencontres, vante la page Wikipédia. Vérification faite auprès de Noëlle Lenoir : la déontologue de l'Assemblée affirme à L'Express qu'elle ne surveille absolument pas cette manifestation. Pis, cette page a été créée en 2012 par un salarié de M & M conseil. On n'est jamais mieux servi que par soi-même.
Les lobbys sont plus malins, pas moins présents. Un exemple parmi d'autres : le 27 mars, en plein débat sur une proposition de loi visant à réduire le taux de sucre dans les DOM-TOM, Catherine Lemorton s'emporte contre "les lobbys agroalimentaires, qui s'associent avec les lobbys de l'industrie pharmaceutique". Devant elle, les collaborateurs de Stéphane Le Foll et de Guillaume Garot, ministre de l'Agriculture et ministre délégué à l'Agroalimentaire, sentent leurs portables vibrer. D'un SMS, les professionnels visés viennent de protester.
Plus de 700 médecins imposent aux plus pauvres des dépassements d'honoraires
Imposer des dépassements d'honoraires aux plus pauvres : la pratique, illégale, est marginale, mais bien réelle. Pour la première fois, l'Assurance-maladie a fouillé ses bases de données et détecté 733 médecins qui bafouent la règle. Parmi eux, des pédiatres, généralistes, gynécologues... La moitié exercent en Ile-de-France. Jusqu'ici, les seules informations provenaient de rares signalements de patients. Pas de quoi avoir une idée claire du problème.
En France, il est interdit de facturer des compléments d'honoraires aux bénéficiaires de la couverture maladie universelle complémentaire (CMU-C) – des personnes qui gagnent moins de 716 euros par mois et dont les frais de santé sont pris en charge à 100 % (sauf les dépassements, évidemment).
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Certains praticiens en honoraires libres (secteur 2), pourtant, leur en imposent. Comme ce médecin installé dans le Sud, représentatif de ceux repérés par la Caisse nationale de l'Assurance-maladie (CNAM). En 2012, sa clientèle comptait 91 patients bénéficiaires de la CMU-C, qui ne devaient donc rien débourser. Or 30 % se sont vu facturer des dépassements, en moyenne de 41 euros.
D'autres sont plus excessifs, tel ce praticien du Centre-Est, adepte des dépassements systématiques et élevés. Parmi ses 39 patients sous CMU-C, 82 % ont versé un supplément, de 46 euros en moyenne.
UNE INTERDITION FIXÉE EN 2000
Certains médecins estiment sans doute que les consulter vaut cher ; que le patient soit riche ou pauvre n'est pas la question. D'autres n'ont peut-être pas fait attention, ou diront ne pas connaître l'interdiction... fixée en 2000. Pourtant, un médecin doit fixer ses tarifs avec "tact et mesure", indique le code de déontologie, donc les adapter à chaque patient. Or la CMU-C est inscrite sur la carte Vitale.
Pour éviter des frais à ses patients précaires, Mady Denantes, généraliste dans le quartier de Belleville, à Paris, les oriente vers des spécialistes en secteur 1 (tarif Sécurité sociale). Mais il arrive qu'ils aillent spontanément consulter un spécialiste et que par malchance celui-ci pratique des honoraires libres, comme cette femme à laquelle un ORL du 8e arrondissement a demandé 100 euros récemment. " Ils n'arrivent pas à dire non, alors ils payent. Souvent, ils ne le racontent même pas, car c'est humiliant, dit-elle. Si le conseil de l'ordre s'était vraiment attaqué aux problèmes des patients à la CMU-C, la question serait réglée", note ce membre du Collectif de médecins généralistes pour l'accès aux soins.
L'ordre se montrera-t-il plus sévère maintenant qu'il a à sa tête un généraliste (en secteur 1 et installé en Seine-Saint-Denis) ? "Dès lors qu'une personne bénéficie de la CMU-C, le médecin se doit de respecter la règle. Il n'y a pas de négociation déontologique sur ce fait, tranche ce nouveau président, Patrick Bouet. Il y a des problèmes, nous n'allons pas le nier", poursuit-il, promettant d'être vigilant. Mais il rappelle que les médecins qui abusent sont rares – il y a 30 000 médecins en secteur 2 –, comme le sont les signalements. C'est là tout le problème, selon lui : l'ordre n'est pas saisi. Il peut l'être, comme l'Assurance-maladie, mais qui connaît la loi, et qui ose le faire ?
"Il faut bien sûr sanctionner ceux qui trichent, mais ils doivent être très rares, car l'erreur peut aussi venir d'un oubli de carte Vitale", réagit Philippe Cuq, chirurgien et coprésident du syndicat Le Bloc, qui s'offusque de voir les médecins encore stigmatisés.
AVERTISSEMENT ADRESSÉ À 200 PROFESSIONNELS
Aline Archimbaud, sénatrice écologiste, ne voit pas les choses ainsi. Elle vient de mener une mission sur l'accès aux soins des plus démunis, et des abus lui ont souvent été rapportés. "Quand le médecin dit 'C'est 50 euros', le patient est paumé. Il paye, mais le risque, c'est qu'il renonce par la suite à poursuivre ses soins." Dans son rapport, remis le 24 septembre à Jean-Marc Ayrault, elle réclame que la loi soit appliquée, donc les médecins sanctionnés.
Au CISS, collectif d'associations de patients, on s'étonne que l'Assurance-maladie n'ait pas agi plus tôt. Les choses sont en train de changer, grâce à l'accord sur les dépassements d'honoraires de fin 2012. Un des volets a créé une procédure contre les pratiques "excessives" : les montants abusifs, mais aussi les dépassements appliqués aux bénéficiaires de la CMU-C ou à ceux qui ont une aide à la complémentaire-santé (accessible si l'on gagne moins de 966 euros par mois).
Jusque-là, les rares situations examinées concernaient des problèmes rencontrés par des patients, individuellement. Après conciliation, le médecin remboursait souvent, et le dossier était clos. Désormais, c'est la pratique du médecin dans sa globalité qui est analysée. En mars, un courrier rappelant les règles a été envoyé à tous les médecins. Depuis, les quelque 750 professionnels repérés sont surveillés. Si leurs habitudes ne changent pas, l'Assurance-maladie interviendra. Un avertissement a déjà été adressé à près de 200 d'entre eux, une procédure de sanction pourrait suivre.
Les médecins concernés devraient rentrer dans le rang. Mais le risque existe que certains n'acceptent plus les bénéficiaires de la CMU-C. Une pratique bien réelle et tout autant interdite.
Serment d'Hippocrate
Publication byzantine du XIIe siècle du sermentLe serment d'Hippocrate est un serment traditionnellement prêté par les médecins en Occident avant de commencer à exercer. Le texte original de ce serment, probablement rédigé au IVe siècle av. J.-C., appartient aux textes de la Collection hippocratique, traditionnellement attribués au médecin grec Hippocrate. Le serment d'Hippocrate peut être considéré comme le principe de base de la déontologie médicale.
Utilisation moderne Bien que la pratique médicale moderne soit régie par des lois, des règlements et bien souvent par un code de déontologie ou d'éthique, les facultés de médecine ainsi que les collèges et associations de médecins font encore généralement réciter un serment aux nouveaux médecins. Ce serment moderne, le plus souvent appelé serment d'Hippocrate même s'il s'en éloigne, s'inspire généralement du texte d'origine et a pour principal objectif de rappeler aux nouveaux médecins dans un cadre solennel qu'ils sont liés à des obligations légales, morales et éthiques.
Le serment d'Hippocrate fixe un cadre éthique à l'intervention du médecin. Il a également pour fonction de marquer le passage du statut d'étudiant (d'interne) à celui de médecin proprement dit. En ce sens, on peut aussi considérer son énonciation, comme un rite de passage.
Pays francophones En Belgique, où il n'existe en la matière aucune obligation, les jeunes diplômés médecins sont libres de prononcer ou non le serment d'Hippocrate.
En France, même si les jeunes médecins prêtent obligatoirement serment de respecter le code de déontologie médicale[1], le serment d'Hippocrate n'a aucune valeur juridique ; cependant le Code de déontologie en question, « émis » par le Conseil national de l'ordre des médecins, et qui est en réalité le chapitre VII du titre II du livre Ier de la 4e partie du code de la santé publique ayant trait aux professions de santé, s'en est largement inspiré, notamment en ce qui concerne des mesures telles que l'obligation de recueillir le consentement de la personne avant toute opération, ou encore le respect du secret médical.
Le serment que font les médecins et pharmaciens en France n'est pas le serment d'Hippocrate d'origine, même s'il en est inspiré. L'une des principales différences est que le serment d'Hippocrate interdit explicitement de pratiquer l'avortement ; il prescrit aussi des devoirs face à celui qui a enseigné la médecine…
Les médecins militaires possèdent un règlement de déontologie qui leur est propre[2]
SermentTraduction par Émile Littré du serment d'origine[3] :
« Je jure par Apollon, médecin, par Asclépios, par Hygie et Panacée, par tous les dieux et toutes les déesses, les prenant à témoin que je remplirai, suivant mes forces et ma capacité, le serment et l'engagement suivants :
Je mettrai mon maître de médecine au même rang que les auteurs de mes jours, je partagerai avec lui mon avoir et, le cas échéant, je pourvoirai à ses besoins ; je tiendrai ses enfants pour des frères, et, s'ils désirent apprendre la médecine, je la leur enseignerai sans salaire ni engagement. Je ferai part de mes préceptes, des leçons orales et du reste de l'enseignement à mes fils, à ceux de mon maître et aux disciples liés par engagement et un serment suivant la loi médicale, mais à nul autre.
Je dirigerai le régime des malades à leur avantage, suivant mes forces et mon jugement, et je m'abstiendrai de tout mal et de toute injustice. Je ne remettrai à personne du poison, si on m'en demande, ni ne prendrai l'initiative d'une pareille suggestion ; semblablement, je ne remettrai à aucune femme un pessaire abortif. Je passerai ma vie et j'exercerai mon art dans l'innocence et la pureté.
Je ne pratiquerai pas l'opération de la taille1.
Dans quelque maison que je rentre, j'y entrerai pour l'utilité des malades, me préservant de tout méfait volontaire et corrupteur, et surtout de la séduction des femmes et des garçons, libres ou esclaves.
Quoi que je voie ou entende dans la société pendant, ou même hors de l'exercice de ma profession, je tairai ce qui n'a jamais besoin d'être divulgué, regardant la discrétion comme un devoir en pareil cas.
Si je remplis ce serment sans l'enfreindre, qu'il me soit donné de jouir heureusement de la vie et de ma profession, honoré à jamais des hommes ; si je le viole et que je me parjure, puissé-je avoir un sort contraire et mourir dans la tristesse. »
1. Ouverture chirurgicale de la vessie ou cystostomie. Voir aussi Lithotomie
Serment de l'Ordre français des médecins de 1996[4] :
« Au moment d'être admis à exercer la médecine, je promets et je jure d'être fidèle aux lois de l'honneur et de la probité.
Mon premier souci sera de rétablir, de préserver ou de promouvoir la santé dans tous ses éléments, physiques et mentaux, individuels et sociaux.
Je respecterai toutes les personnes, leur autonomie et leur volonté, sans aucune discrimination selon leur état ou leurs convictions. J'interviendrai pour les protéger si elles sont affaiblies, vulnérables ou menacées dans leur intégrité ou leur dignité. Même sous la contrainte, je ne ferai pas usage de mes connaissances contre les lois de l'humanité.
J'informerai les patients des décisions envisagées, de leurs raisons et de leurs conséquences. Je ne tromperai jamais leur confiance et n'exploiterai pas le pouvoir hérité des circonstances pour forcer les consciences.
Je donnerai mes soins à l'indigent et à quiconque me le demandera. Je ne me laisserai pas influencer par la soif du gain ou la recherche de la gloire.
Admis dans l'intimité des personnes, je tairai les secrets qui me seront confiés. Reçu à l'intérieur des maisons, je respecterai les secrets des foyers et ma conduite ne servira pas à corrompre les mœurs.
Je ferai tout pour soulager les souffrances. Je ne prolongerai pas abusivement les agonies. Je ne provoquerai jamais la mort délibérément.
Je préserverai l'indépendance nécessaire à l'accomplissement de ma mission. Je n'entreprendrai rien qui dépasse mes compétences. Je les entretiendrai et les perfectionnerai pour assurer au mieux les services qui me seront demandés.
J'apporterai mon aide à mes confrères ainsi qu'à leurs familles dans l'adversité.
Que les hommes et mes confrères m'accordent leur estime si je suis fidèle à mes promesses ; que je sois déshonoré et méprisé si j'y manque. »
Serment d'Hippocrate, tel qu'il est prêté à l'Université Montpellier 1 :
« En présence des Maîtres de cette École, de mes chers condisciples et devant l'effigie d'Hippocrate, je promets et je jure, au nom de l'Être suprême, d'être fidèle aux lois de l'honneur et de la probité dans l'exercice de la médecine.
Je donnerai mes soins gratuits à l'indigent et n'exigerai jamais un salaire au-dessus de mon travail. Admis dans l'intérieur des maisons, mes yeux n'y verront pas ce qui s'y passe ; ma langue taira les secrets qui me seront confiés et mon état ne servira pas à corrompre les mœurs ni à favoriser le crime. Respectueux et reconnaissant envers mes Maîtres, je rendrai à leurs enfants l'instruction que j'ai reçue de leurs pères.
Que les hommes m'accordent leur estime si je suis fidèle à mes promesses. Que je sois couvert d'opprobre et méprisé de mes confrères si j'y manque. »
« Nouveau serment des médecins », utilisé notamment au Canada depuis 1982 (version française) :[réf. nécessaire]
« Au moment où je vais exercer le métier pour lequel j'ai eu le privilège d'être formé,
JE JURE de garder intacte la science qui m'a été transmise, et de la perfectionner autant que me le permettront mon temps et mes forces.
JE JURE de toujours avoir le courage de douter de moi-même et de ne jamais prendre, pour mes patients, le risque d'une erreur qui pourrait mettre leur santé en péril ; je ferai en sorte d'obtenir, par tous les moyens possibles, la confirmation d'un diagnostic dont je ne serais pas absolument sûr.
JE JURE de ne jamais divulguer, hors le cas où la loi m'en fera un devoir, les secrets dont j'aurais pu avoir connaissance dans l'exercice de ma profession.
JE JURE de toujours me souvenir qu'un patient n'est pas seulement un cas pathologique, mais aussi un être humain qui souffre. À celui qui entrera chez moi pour chercher simplement un réconfort, ce réconfort ne sera jamais refusé.
Je n'oublierai pas que la prévention est la meilleure des médecines ; et si je n'y participe pas moi-même, JE JURE de ne jamais considérer l'action préventive avec négligence ou hostilité.
Je prends acte de ce que la Médecine devient de plus en plus sociale à la fois parce qu'elle a pour destinataire la collectivité humaine tout entière et parce quelle peut désormais être exercée sous des formes non individuelles. Si je ne pratique pas moi-même ces formes sociales et collectives de l'exercice de mon Art, JE JURE de ne pas entrer en lutte contre ceux qui les auront choisies. Qu'à la fin de ma vie, je puisse me dire que je n'ai jamais enfreint ce serment. »
Serment professionnel des médecins, en usage au Québec depuis le 15 décembre 1999 [5]:
J’affirme solennellement que :
Je remplirai mes devoirs de médecin envers tous les patients avec conscience, loyauté et intégrité ;
Je donnerai au patient les informations pertinentes et je respecterai ses droits et son autonomie ;
Je respecterai le secret professionnel et ne révélerai à personne ce qui est venu à ma connaissance dans l’exercice de la profession à moins que le patient ou la loi ne m’y autorise ;
J’exercerai la médecine selon les règles de la science et de l’art et je maintiendrai ma compétence ;
Je conformerai ma conduite professionnelle aux principes du Code de déontologie ;
Je serai loyal à ma profession et je porterai respect à mes collègues ;
Je me comporterai toujours selon l’honneur et la dignité de la profession.
From : l'Express ( Matthieu Deprieck),le Monde,...........